The imagine of being a woman, here or there / Images de l’être-femme, ici ou là-bas

Beingawoman
Husnia Anwari est une jeune poète, écrivaine afghane et professeur de droit. Elle a publié son premier recueil de poèmes en 2013, The Unfamiliar Mirrrors qui traite de la féminité et qui aborde les difficultés quotidiennes des femmes en même temps que d’en faire un éloge. Husnia était féministhusniae et militante pour le droit des femmes en Afghanistan, c’est pour cela qu’elle a dû quitter son pays en décembre 2013 et qu’elle est venue demander l’asile politique en France. Elle n’a pas encore été reconnue réfugiée mais en attendant, Husnia suit des cours de français, participe à de nombreux événements culturels à Paris et est très active dans l’association JRS (Jesuit Refugee Service) et plus particulièrement dans le programme Welcome Jeunes qu’elle anime avec d’autres réfugiés. Par ailleurs, elle n’a pas cessé son engagement dans la lutte pour la reconnaissance du droit des femmes au travers d’articles, de films documentaires (« De Kaboul à Paris » de Sayed Shahab Ahmad Yar) et de conférences publiques. Une phrase fétiche : « J’adore mon féminin! »

Il est délicat d’expliquer mon point de vue sur la vie sociale de la femme dans le monde entier. Il serait tout de même plus clair de l’expliquer par rapport à la culture d’un pays. Eh bien, pour répondre à ce sujet, je souhaiterais partager en quelques paragraphes le regard que je porte sur la vie sociale d’une femme en Afghanistan que je comparerai avec la situation sociale d’une Européenne, et plus précisément d’une Française.

Je ne prétends pas faire de la recherche, mais simplement exprimer mon opinion. Mon opinion se trouve toute forgée par mes expériences et les réalités que j’ai entrevues dans ma vie, qui m’ont permis de prendre conscience des disparités culturelles vis-à-vis de la place de la femme en Afghanistan et de la femme en Occident. Disons que je réfléchirai, dans ce texte, à l’existence d’une femme ici (en France), et là-bas (en Afghanistan). Depuis mon plus jeune âge, lorsque j’étais à l’école, j’avais toujours à l’esprit la question de la reconnaissance et de la distinction du statut social, de la nature et de la féminité de la femme.
Alors que j’étais encore en Afghanistan, j’ai vécu quelques expériences qui m’ont fait comprendre que la culture de mon pays voulait que la femme soit cachée, désemparée, incapable et indépendante ou bien dépendante de l’homme, le second sexe, l’incontinente dans le travail social et dans sa vie personnelle, vulnérable, une femme cloîtrée chez elle… j’ai du me résoudre à être comme cela parmi tant d’autres femmes.
Après tout, je faisais partie de ce groupe de femmes, je tenais aux traditions mais, une autre partie de moi s’interrogeait sur les raisons de notre condition féminine. En Afghanistan, j’étais pratiquante. Je respectais les préceptes de la tradition. Par exemple, je n’avais pas le droit de faire des choix pour moi-même, mon avis était considéré comme invalide par les membres supérieurs de ma famille. Quand mon père, mon oncle et d’autres hommes de ma famille prenaient la parole, je n’avais pas le droit de parler, je devais rester silencieuse et lorsqu’ils donnaient des ordres, je devais accepter. Même si j’ai reçu une éducation, même si je connaissais la solution pour résoudre une question ou un problème d’ordre familial, on considérait que mes conseils n’avaient aucune valeur.Je n’avais pas le droit de rentrer tard le soir, même si je voulais assister à une réunion culturelle ou pratiquer des activités sociales. Je devais travailler et je n’avais pas le droit à ma part de salaire pour me payer quelque chose.
Comme je ne suis pas un garçon, parfois j’avais l’impression d’être une merde, une honte pour ma famille. La femme dépend toujours de son père et de son frère quand elle est célibataire. Et lorsqu’elle se marie, elle dépend de son mari. Elle ne peut pas sortir, ni même travailler et se cultiver sans la permission de sa famille.
Elle ignore tout de sa beauté, car elle dissimule son corps à l’aide d’un hijab, de façon à ce que les hommes ne puissent rien voir d’elle… Une femme en Afghanistan ne connaît pas la sécurité, qu’elle soit individuelle ou sociale. Elle n’a ni liberté, ni choix. Imaginez! Je ne pouvais pas écrire un poème, seule avec moi même ; je devais pleurer silencieusement, et je craignais chaque minute. Oh! Je ne pouvais même pas rencontrer mes amis autour d’un café… Tous m’étaient étranger, même mes amis…

Une artiste, une chanteuse est considérée comme méprisable et mauvaise, d’après cette culture. Une actrice équivaut à une putain… La violence s’abat sur les femmes, au sein de la famille, dans les principes culturels, jusque dans le gouvernement.
Depuis mon arrive en France, je me suis cultivée et j’ai découvert la culture des pays européens. J’ai compris beaucoup de choses: j’ai remarqué qu’ici la femme jouissait de la même liberté que celle d’un homme, qu’elle était en sécurité, qu’elle n’avait pas besoin de se déshonorer pour atteindre ses objectifs. Une femme en France est considérée comme humaine et elle a les mêmes droits qu’un homme. Je me sens ici comme un être libre, je décide pour moi-même, j’esquisse des projets pour la promotion de ma vie sociale, je rends visite à des gens, je contacte et communique avec des associations sociales et culturelles. Je me sens davantage écrivaine : j’ai écrit la plupart de mes poèmes et de mes pensées dans ce pays. Je me suis trouvée et je me connais aujourd’hui, je me suis rendu compte à quel point être une femme est une belle chose. J’ai acquis des connaissances et je me suis fait de nouveaux avis, et c’est positif, car ce que je pense est conforme à mes croyances. Je me suis dit qu’après tout j’étais un être humain, une femme géniale, qui a conquis sa liberté et en a saisi la vraie valeur. Je suis devenue démocrate, j’ai appris à aimer les gens, qu’importent leur culture et leur pays, je suis devenue universelle, j’ai compris ce que c’est qu’aimer et vivre librement, en paix. 

Cependant, je suis convaincue qu’il y a toujours des femmes qui ne sont pas sur le même pied d’égalité que les hommes. Les femmes ont toujours été victimes dans l’histoire. Il persiste encore des problèmes que les femmes doivent régler: entre autres, une femme en France n’a pas le même salaire qu’un homme pour un même poste.
Oui, toutes les femmes, ici ou là-bas, sont des êtres humains. Nous devons agir pour les droits de la femme en tant qu’humains. Être féministe ne consiste pas à jouer contre les hommes. En fait, le féminisme est un humanisme. Ouvrons donc les portes de la prospérité de la vie à tous, aux hommes comme aux femmes, aidons ceux qui subissent la violence. Il faut défendre la cause féminine.Oui, j’ai changé, je suis désormais une femme qui sait qui elle est, une femme idéale selon moi. Vous pouvez l’être aussi ! Tentez de vous connaître, revendiquez vos droits, aimez-vous, et n’ayez jamais peur car ainsi vous aimerez les autres et vous vivrez dans la paix et dans l’amour, vous serez universels. C’est bien là le but de la vie.
Husnia, 
Paris, 11 avril 2014.
– Texte traduit de l’anglais par Marion Jousseaume 

 Illustrations Ulysse Somson 

http://noswos.tumblr.com

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