Générer un sentiment européen

« Construire une union entre les peuples, pas une collaboration entre des Etats »   Jean Monnet, diplomate français.

Illustration Ulysse Somson http://noswos.tumblr.com

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Cette phrase est, à elle seule, le portrait conceptuel d’une « Union Européenne »,  et résume l’histoire d’une réunion des peuples et d’une volonté de paix avec tant de clairvoyance. Célébration de la mort de l’Etat Nation rutilant, factice et vampirique à coup de feu (d’artifice), chartes et traités. La nouvelle Europe est façonnée par l’espoir. L’image est belle et vibrante au pays idée. Donner corps à la paix. Elle – des poignées de main vigoureuses et bataillons de signatures apposées.

La nouvelle Europe surgit du sang et des larmes séchés. Quel bel effort pacifiste réveillé, dans un sursaut, suite à un concert de guerres assourdissant, d’une batterie de conflits lancinante et de tant de tentatives d’assujettir les terres voisines. La fin Seconde Guerre mondiale et ses hideux secrets, ou le bouquet final, nourrira un désir de rapprochement entre les différentes nations vaincues. La frivole Europe des années folles est vacillante, meurtrie et bafouée. Sa carte est bouleversée et périmée. Ses frontières sont oscillantes. Qui est-elle ? Ses reflets impressionnistes, plus qu’un rêve taquin qui la taraude. L’Europe a grise mine. « J’échafaude l’espoir en marchant sur des ruines », qu’il disait.


L’histoire abrégée de l’Union Européenne. 

La Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, voit le jour en 1948. C’est une sorte de club des six : la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays Bas, le Luxembourg et l’Italie. Le charbon et l’Acier, l’or de l’après-guerre. La raison substantielle de cette coopération repose sur des préoccupations d’ordre économique. Puis, la CECA bascule en Communauté Economique Européenne. Ce changement est fondé sur l’obsession du nucléaire, il est acté en 1958 après la ratification du Traité de Rome. En 1973, la communauté s’agrandit, trois nouveaux membres sont admis. Dès lors, les pays candidats à une adhésion ne cesseront d’augmenter. Aujourd’hui on dénombre 28 pays membres de l’Union Européenne, suite de la CEE.
Ces élargissements successifs apparaissent comme des défis permanents pour les pays membres qui doivent renouveler et réinventer les façons de fonctionner de l’union, de la penser tout en faisant avancer la démocratie et la paix en Europe.


Et nous ?

Comment mettre en mouvement une politique de valorisation du territoire citoyen ainsi que donner chair à la notion diffuse de démocratisation culturelle à l’échelle européenne tout en s’adressant au citoyen ? Comment donner corps à ces concepts et permettre aux populations d’accéder à la culture et de les sensibiliser à ses différentes acceptions et formes plurielles existantes au sein de l’UE? Comment inviter à la découverte, inciter à la curiosité et provoquer la réflexion ?

« Comment? », vous vous la posez cette question ?

La citoyenneté européenne, quelle nouvelle notion vagabonde… Cette union ne pouvait pas enfanter d’un être à la silhouette plus délicatement esquissée que la sienne. La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre…

Les FEDER (Fonds Européens de développement Économique et Régional), créés en 1975, encouragent le développement socio-économique des entreprises et projets en provinces, dans les comtés ou dans les Länder. Pour bénéficier de ce coup de pouce européen, il faut que les porteurs de projets répondent à trois critères énoncés lors des sommets européens de Lisbonne et de Göteborg en Suède : l’innovation, la compétitivité, et le développement durable.

Une partie de ces fonds européens est notamment débloquée pour la réalisation de projets culturels et artistiques dans le cadre du programme européen « Interreg » de coopération transfrontalière. Son objectif est d’assourdir l’influence des frontières nationales en faveur du développement de l’Union Européenne en tant qu’ensemble ; de favoriser les échanges interculturels, de renforcer la cohésion sociale, économique et territoriale et de solliciter les régions les plus reculées à  collaborer avec les pays candidats partageant ses frontières. Les bénéficiaires proviennent de différents horizons, notamment celui de la culture et de l’éducation : écoles, collèges, lycées, universités, écoles d’enseignement supérieur, pôles d’excellence,  associations et centres culturels,  PME,  collectivités territoriales et services de l’Etat…

Le premier programme, Interreg I, a été lancé en 1989 pour une durée de trois ans, le suivant, Interreg II court sur une durée de 1994 à 1999, Interreg III de 2000 à 2006 et Interreg IV de 2007 à 2013.

Chaque projet Interreg est découpé en trois volets distincts.  Ainsi, Interreg A s’applique aux projets de coopérations transfrontalières, c’est-à-dire entre deux régions voisines qui tendent au développement de centres sociaux et économiques communs. Quant à Interreg B, il concerne les activités de coopérations transnationales. Ces projets impliquent directement les personnes publiques pour une meilleure intégration au sein de l’union à travers la formation de groupes de régions européennes, pas nécessairement voisines. De fait, ces différents pays peuvent se rapprocher en mettant en commun leur expérience afin de résoudre un problème auquel ils sont sujets.

Le troisième et dernier volet vise à l’amélioration de l’effectivité des politiques et des instruments du développement régional, à travers l’échange d’informations et le partage d’expériences à grande échelle grâce à la mise  en réseau, sur le plan interrégional.

Au sein de ces différentes catégories, les projets s’inscrivant dans la logique d’Interreg A permettent tout particulièrement la préparation d’un espace de citoyenneté commun, le modelage d’une identité propre aux régions frontalières impliquées, la génération d’un sentiment d’appartenance sur un territoire aussi crucial que les frontières. Parmi les initiatives les plus probantes, on peut citer le projet de réunion des régions Rhône-Alpes et Franche-Comté avec leur voisine, la Suisse. Le musée de  la communauté d’agglomération d’Annecy et le Musée Léman ont offert au public une exposition intitulée « Avec vue sur le lac », se tenant à la fois au Musée-Château et au palais de l’Ile d’Annecy. L’élaboration du propos de l’exposition a permis de mettre en commun le fruit du travail des chercheurs suisses et français et de faire converger les différents regards sur ce paysage lacustre à la nationalité double. L’identité et la singularité de ce  territoire ont été abordées à la lumière de la géographie, de l’histoire, de l’art, de la littérature, mais aussi du cinéma sans oublier l’architecture. De même, on peut retenir le jumelage entre l’anglaise Greenwich et la flamande Gand dans le cadre de « Shaping 24 ». L’idée originelle est de rendre visible les attaches historiques entre les deux régions grâce à l’éclairage de leur patrimoine bâti, à travers la découverte de douze sites touristiques dans chacune des villes.

Il est donc fondamental de saisir la nécessité des projets, et de la mise en dialogue de plusieurs cultures européennes, car cela permet de tisser des liens entre les différents pays tout en intégrant leur identité nationale. A travers eux, il s’agit donc d’animer la notion de « communauté » à l’échelle du citoyen, d’aviver les liens actuels entre les pays ainsi que de faire de la création et du patrimoine de précieux vecteurs d’unité et d’intégration.

Afin que l’UE soit regardée comme un véritable territoire citoyen, chaque pays membre doit atteindre un équilibre entre ses traditions et l’ouverture sur la diversité  des cultures cohabitant sur le territoire de l’Union. Ainsi les efforts de chacun participent-ils à la création d’un espace d’expression plurielle et de tolérance, et permet l’harmonie entre l’objectif d’intégration des communautés locales et celui de la prise en compte des minorités culturelles dans leur singularité.


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