Le droit à la culture

Penser en terme de durabilité, dans le monde associatif ou ailleurs, nécessite d’envisager autrement beaucoup de présupposés souvent considérés comme inamovibles, à commencer par la vision générale que l’on a de la pauvreté et des moyens déployés pour la combattre. Et si le fait de reconnaître l’importance des droits culturels et de la dimension culturelle des droits de l’homme permettait de lutter de manière efficace contre la pauvreté durable ?

Sarah Bariset

« Il faut reconnaître la nécessité des actions culturelles dans le milieu de l’action sociale. » 

On pourrait penser que cette phrase aux allures de manifeste est monnaie courante aujourd’hui quasiment partout … et pourtant si l’on pousse un peu, cela n’est pas si évident. Bien sûr il y a souvent dans les associations un pôle culturel, quelques sorties organisées pour constituer le liant, et c’est déjà très bien mais c’est comme si cela était pensé comme un truc en plus, après les choses importantes. Je veux dire, reconnaître vraiment cette nécessité, déployer des moyens pour que ces activités aient une vraie place et que le droit à la culture soit reconnu comme le prérequis nécessaire à une action avec des personnes, on en est loin. 

Le droit à la culture, c’est « le droit pour une personne, seule ou en commun, de choisir et d’exprimer son identité, et d’accéder aux références culturelles, comme à autant de ressources qui sont nécessaires à son processus d’identification, de communication et de création ». (1)

Souvent, lorsque l’on souhaite mettre en place des ateliers artistiques ou de l’accompagnement de projets personnels dans des structures d’aide sociale, des réticences bien explicites peuvent se faire sentir. Des réflexions plus en sourdine apparaissent également, trahissant une certaine (et problématique) vision de l’accompagnement que je vais tenter de détailler ici, tout en proposant des solutions afin de changer de paradigme et nous permettre de dessiner peu à peu les contours d’une philosophie des droits culturels à appliquer dans différentes lieux d’expérimentation du vivre ensemble

 (1) Article 2, a de la Déclaration de Fribourg.


« – Vous ne comprenez pas Mademoiselle, nous recevons ici des personnes en situation d’extrême précarité ». Je soupire d’ennui devant toute cette application à vouloir toujours utiliser des formules alarmistes qui laissent cette drôle d’impression de ne pas vouloir appeler un chat un chat et de cacher quelque chose derrière un gros mot. La dame au bout du fil tente pour la deuxième fois de m’expliquer que c’est justement parce que ces personnes sont en « situation d’extrêêêême précarité » qu’il semble peu opportun de mettre en place un atelier d’expression, voir impossible. («  […] pas de clefs […] demander à mon supérieur et toute l’équipe […] sécurité […] pas le temps […] les sans-voix [ …] malheureusement […] »). Face à mon air dubitatif, la personne en charge du recrutement des bénévoles dont la mission est il me semble d’accompagner les nouvelles initiatives en rajoute : « Et puis, c’est un public « volatile » (pas mal non plus ce nom d’oiseau), cela va être compliqué pour eux d’assurer une présence régulière à votre activité. Pire, et si c’était vous qui partait d’ici quelques mois, ils n’auraient plus rien … Et s’ils s’attachaient. »

J’ai presque cru qu’elle allait finir la conversation par « Et si ça marchait ? ». 

Hum … 

J’ai laissé tomber le téléphone, j’y suis allée. 

Je suis donc devenue bénévole, malgré tout, mais en faisant bien attention à faire des choses qui n’allaient surtout pas permettre de faire changer le regard que l’on pouvait porter aux « personnes en situation d’extrême précarité ». Je veux dire en montrant bien aux personnes accueillies dans la structure qu’on a bien pris en compte qu’ils étaient tellement dans la précarité qu’il faut qu’on leur posent tous les soirs un yaourt sur leurs plateaux pour qu’ils ne se fatiguent pas à le faire eux-mêmes surtout, déjà qu’ils sont dans une situation d’extrême précarité. Je me souviendrai longtemps du regard ahuri que m’a jeté Barry lorsqu’il s’est rendu compte que c’est moi qui lui servait sa soupe, alors que cela faisait un an que nous nous connaissions et que nous travaillions ensemble dans un atelier de peinture. 

Vraiment ce soir là j’ai eu honte.

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D’autres fois, on m’a opposé d’autres arguments, que j’ai reçu avec beaucoup plus d’intérêt je l’avoue car ils m’ont évidemment bousculée. Pour des bénévoles, mais aussi pour certaines personnes à qui je proposais des balades, des activités, des choses et d’autres, c’était leur faire offense que de leur parler de cela alors même que des droits bien plus fondamentaux leurs étaient refusé tous les jours. J’ai travaillé avec des demandeurs d’asile qui venaient en effet à un atelier de peinture toutes les semaines alors que le soir, ils dormaient dans des lavomatics, dans la rue ou au 115. 

« Je vous demande un hébergement et vous me proposez quoi ? Une balade ». 

Et la colère, et le ressentiment, forcément. 

Et puis il y a l’urgence. 

Toute association à caractère social se situe dans un rapport complexe à la temporalité. Je travaille en particulier dans des associations en lien avec des migrants et le cadre se complexifie encore, d’une part en raison de la situation géopolitique internationale, d’autre part par rapport aux conditions d’accueil en France. Il n’y a pas à discuter vraiment longtemps pour tomber d’accord sur le fait qu’il y a urgence.

Il faut agir.

Et pourtant, les réponses faites dans l’urgence sont souvent inappropriées ou inadéquates. 


Face à l’urgence des enjeux planétaires, le développement durable établit un cadre interprétatif dans lequel penser les décisions. Ainsi, tout n’est pas forcément à penser en terme binaire. L’urgence n’est pas forcément l’opposé de l’attente, ni le synonyme du trépidant ou de l’agitation. Il est possible d’envisager une action urgente qui s’ancre également dans des perspectives à long terme et c’est à mon sens le pari que doivent faire les assos. 

Pour prendre un exemple, on peut penser l’imbrication de l’urgent et de l’essentiel dans le contexte de l’asile. On parle souvent d’un système d’asile « à bout de souffle » : le nombre de demandeurs d’asile augmente considérablement depuis quelques années, les gens sont à la rue, les étrangers sont soupçonnés de tous les maux, le dispositif d’asile bat de l’aile, les procédures sont longues, les gens niés dans leur identité, leur culture empêchée. En ce sens, l’avantage de l’urgence est qu’elle nous ancre dans une temporalité qui donne l’occasion d’entrer en action. L’urgence montre l’impossibilité de différer. Il s’agit ensuite de distinguer un enjeu (la nécessité d’agir face à ces urgences) et une temporalité (la nécessaire articulation entre le long terme permettant les perspectives et les urgences quotidiennes). Ces distinctions sont importantes car la manière dont on prend le plus souvent en compte l’urgence aujourd’hui constitue un argument d’autorité et une légitimité de fait pour nier la prise en compte du droit culturel. 

Une fois ces précisions faites sur les concepts d’urgence, revenons sur les difficultés pratiques que pose la revendication de droits culturels dans l’action sociale. Il est difficile de répondre à cela avec des solutions toutes faites. Mais en théorie cela vaudrait le coup de faire l’hypothèse que l’on ne définit peut-être pas les droits fondamentaux tous de la même manière, ou que du moins, les associations d’aide sociale ont leur idée du droit fondamental selon les réponses qu’elles sont en mesure d’apporter, sans vraiment réinterroger ces notions pourtant incontournables. 

C’est ce que je propose d’interroger dans cette chronique, au travers d’anecdotes, de petits récits et de tentatives de théorisations autour de la nécessaire reconnaissance des droits culturels dans la lutte contre la pauvreté durable. 


Avant de tenter d’aller plus loin sur les droits culturels et de jouer avec différentes définitions de la culture, je souhaiterai préciser cette position ambiguë dans laquelle on peut se trouver lorsque l’on parle des actions culturelles dans le milieu social. Comment se permettre de penser l’émancipation sans pour autant nier les déterminations objectives des personnes qui visent cette émancipation ? L’exercice relève pour moi de la prouesse d’équilibriste. Toujours sur le fil du rasoir, toujours peur de dire une connerie et de plonger d’un côté ou de l’autre de la « juste » pratique et du « juste » discours. 

Au début, lorsque je présentais mon argumentaire sur les droits culturels, il m’est arrivé que l’on me dise que j’avais un côté « Walt Disney » dans mon acharnement à prôner partout le droit à la culture comme un des piliers de l’action sociale.

Ça m’a vexée. Un peu, mais comme au fond certaines choses me gênaient également, je me suis laissée guider dans ce qui en effet pouvait être gênant dans le fait de dire que « l’action culturelle est primordiale et qu’elle permet de poser la question de l’exclusion humaine d’une manière plus radicale encore que ne le fait l’accès au droit au logement, aux ressources, au travail ou à la santé. » Ces paroles sont celles de Joseph Wresinski, le fondateur d’ATD-Quart Monde, qui toute sa vie a oeuvré pour montrer que ces droits fondamentaux cités ci-avant ne pourront être reconnus qu’une fois le droit à la culture pris en compte. Son discours est très précieux, mais il est vrai qu’il faut faire attention, surtout dans le domaine des sciences humaines, à ne pas se laisser piéger par des réflexions pouvant être naïves ou par des projets déclaratifs constitués de mots-valises vides de sens comme le pourraient l’être les mots « droits culturels », « activités culturelles », « vers l’autonomie et l’humanisme » et qui n’aboutissent pas en utopie concrète.

Parce que ces mots sont souvent bien trop flous pour désigner quelque chose et créent une illusion de consensus sur des procédés inverses à ce qui était annoncé, les actions culturelles menées et tant vantées peuvent alors se transformer en lieux où s’exercent des rapports de force ou de domination, des conflits de genre ou d’autres interactions néfastes ayant lieu parce que l’on a pas ou trop peu pris en compte le contexte de l’activité et des personnes participant à l’activité. Plus simplement, elles peuvent aussi ne jamais avoir lieu alors même qu’elles sont vantées à tort et à travers, comme la mixité sociale ou l’interculturalité. Vous sauriez définir, vous, l’interculturalité d’un projet ? 


Bourdieu a longtemps dénoncé cela. Sans être une spécialiste et donc sans vouloir déformer sa pensée, on peut dire que le plus grand combat du sociologue a été de dénoncer cette illusion et de montrer comment des volontés politiques ou militantes, venant des classes richement dotées en capitaux économique et culturel, contribuent à reproduire des inégalités. Bourdieu permet de ne pas oublier combien certaines personnes peuvent être dans des situations complexes et précaires et qu’il est toujours important de questionner le positionnement de ceux qui, sous prétexte de vouloir changer les choses, ne font en fait que reproduire des inégalités déjà existantes. 

Cette attention aux déterminations objectives et aux réalités matérielles doit être très précieuse, et ce n’est pas cela que les pensées de l’émancipation par les droits culturels entendent remettre en cause. Ce qu’elles questionnent, c’est plutôt de savoir ce que la sociologie permet. 

Le doute porté sur les énoncés égalitaires ou émancipateurs s’oppose donc au déploiement de la puissance de ces mêmes énoncés. Ce monde coupé en deux que Bourdieu esquisse dans La distinction (2), entre le monde de la nécessité et celui du divertissement ne peut que servir à dénoncer un fait sans jamais rien proposer puisque toute tentative de proposition est vouée à l’échec. Jacques Rancière (3) montre que Bourdieu, en voulant dénoncer le mythe platonicien, l’a en fait remis au goût du jour et que la sociologie critique décrète finalement un monde radicalement immuable. Si les critiques donnaient matière à de nouvelles revendications, la démystification de la culture subsiste seule, dépouillée de la perspective d’une réalité de l’égalité. La sociologie de Bourdieu met fin selon Rancière à la politique et c’est pour cela que le philosophe fait un pari. La dynamique de la sociologie serait incapable de comprendre la dynamique de la politique d’émancipation car tout son travail consiste à diagnostiquer l’inégalité afin d’y remédier alors qu’il faut procéder à l’inverse : poser l’égalité et imposer sa réalisation. 

« Il s’agit de partir du point de vue de l’égalité, de l’affirmer, de travailler à partir de son présupposé pour voir tout ce qu’il peut produire, pour maximaliser tout ce qui est donné de liberté et d’égalité. Qui part à l’inverse de la défiance, qui part de l’inégalité et des propositions de la réduire hiérarchise les inégalités, hiérarchise les priorités, hiérarchise les intelligences et reproduit indéfiniment de l’inégalité. »

(2) BOURDIEU (Pierre), La distinction, Critique sociale du jugement. Paris : Les Éditions de Minuit, 1979.

(3) RANCIERE (Jacques), Le philosophe et ses pauvres. Paris : La fabrique éditions, 2010.


Rancière, Aux bords du politique (4)

Dans Le philosophe et ses pauvres, Jacques Rancière entend donc résister contre la lecture sociologique de la politique, inapte selon lui à en saisir l’essence, qui réduit le politique au social. Il porte une attention aux « êtres parlants » et aux capacités des personnes, il permet de penser des zones d’impensés justement et de proposer un nouveau « partage du sensible ».

Ainsi peut-on peut-être rendre hommage et à Bourdieu et à Rancière et tenter de dessiner ce fil d’acier sur lequel il faut se situer pour parler d’un droit culturel qui permet sans pour autant nier, pour montrer que la dépossession dévoilée par le sociologue a des degrés sans nier la totalité des conditions. Ce serait sombrer dans le déni, celui dont parle Xavier Bouchereau dans Les non dits du travail social. Garder d’un côté ce à quoi l’on croit (à savoir qu’il existe en chacun des capacités de résister, de s’indigner, d’innover, de créer, que l’égalité est un présupposé et la réciprocité une exigence, que l’autre est un sujet capable) et nier certaines réalités que nous refusons de voir. Pour l’auteur des malaises pesant sur le travail social, il est très difficile de ne pas y être confronté. Ce déni est quasi inévitable chez tous ceux qui interviennent précisément là où la croyance en l’idéal méritocratique (« Quand on veut on peut ») échoue justement parce que les contraintes sociales existent. Parfois le savoir empirique, les faits bruts, se marient mal avec la croyance en un sujet libre, autodéterminé. Alors on s’illusionne. On appréhende la situation des personnes à partir de nos codes, de nos idéaux et de nos prescriptions morales. Pour éviter cela, il s’agit selon moi de ne jamais cliver les questions économiques et sociales, de ne jamais en laisser partir une en roue libre mais de tenter sans cesse de les penser ensemble, dans un système ouvert. 

Comment se débattre entre la nécessité de prendre en compte les déterminismes sociaux, les urgences, les nécessités matérielles et l’envie parallèle de faire le pari de l’égalité, en considérant les participants aux associations non pas comme des sujets « en manque de » mais comme des êtres « capables de » ? 

(4) RANCIERE (Jacques), Aux bords du politique. Paris : Folio Essais, 2004.


Je n’ai pas servi de la soupe longtemps parce qu’un grand monsieur est venu me chercher : « Qu’est ce que tu fous derrière ton truc là ? Tu crois qu’ils ont besoin de toi pour se servir de la soupe ? Je dis pas hein, c’est bien d’aider ceux qui n’y arrivent plus mais bon, ils sont bien assez là bas derrière.   Viens voir un peu par là. » Tous les lundis depuis 12 ans, lui, avec son petit bonnet et sa trop grande marinière, il ouvre une minuscule salle juste a côté du réfectoire, dans laquelle la moitié de l’espace est envahi par des poteries, des têtes, des visages, amoncelées ici depuis 12 ans et fabriquées par tous les passagers de la structure.(5) Tout de suite, je m’y suis sentie bien et j’ai repensé avec beaucoup d’amusement à la brave dame qui m’avait certifié qu’il n’existait absolument aucune activité culturelle dans sa structure. Je crois que cette salle est un îlot de liberté dans cette structure. Un espace où on a le droit de rien faire, où on peut apprendre des techniques si on en a envie, où aussitôt assis on se retrouve entouré d’attention, mais pas celle qui étouffe non, celle qui apaise. Certains papotent, d’autres observent, d’autres restent à la porte. Certains finiront par entrer, d’autres resteront à la fenêtre toute la soirée. Pas grave.

Alors qu’est-ce qu’on fait ?

L’idée selon moi est de n’exclure aucune dimension de l’aide. Des actions collectives seules sont en effet difficiles à entreprendre (quoique pas impossibles). Des actions de première nécessité seules existent partout mais ne font pas route dans le sens d’un développement que l’on souhaiterait durable, et peut-être ne sont-elles pas des actions à assumer par des associations de bénévoles non subventionnées par le gouvernement (mais c’est une autre histoire) : des actions qui pansent sans soigner selon la formule trop employée mais toujours d’actualité. Elles réagissent, presque de manière épidermique, et le boulot de l’urgence est incroyable évidemment mais … ça ne va pas.

(5)  Attention, le propos n’est pas ici de dire que les bénévoles distribuant des serviettes ou de la nourriture ne sont pas utiles mais plutôt qu’une telle réticence devant la volonté de proposer des activités est révélatrice d’un point de vue étriqué sur l’action sociale et les possibles capacités des personnes accueillies. Pourquoi ne pas proposer de manger avec les accueillis, de jouer à des jeux de société, d’aider les passagers à s’auto-organiser, pour que les personnes en bonne santé par exemple puissent aider ceux que Patrick Declerc appelle « les naufragés », épuisés physiquement et psychiquement. J’ai l’impression que nulle part dans ce bâtiment conçu comme une machine-à-loger il n’y a de place pour une quelconque appropriation. Bref…


Des théories nouvelles, dont la déclaration de Fribourg de 2007(6) constitue un jalon, font coïncider l’accroissement de la liberté d’expression et de ressources (vectrice d’autonomie) avec la création de lieux de rencontre et d’échange (vecteurs de socialisation).

Malgré le développement de ces théories, on considère toujours quelqu’un de pauvre comme un bénéficiaire de mesures, quelqu’un qui manque et rarement d’abord comme un sujet. Ainsi, la lutte contre la pauvreté donne à croire que l’on va s’organiser pour distribuer plus d’aliments ou de logements, dans un contexte d’urgence.

La pyramide des besoins établie par Maslow, qui fait office, de façon révélatrice, de référence quasi-automatique, classifie les besoins humains de manière hiérarchique en associant la base aux besoins élémentaires et le haut de la pyramide aux besoins culturels et affectifs – la cerise sur le gâteau. Elle en met à jour cinq fondamentaux : les besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance et d’amour, d’estime et pour finir le besoin d’accomplissement de soi. La discussion sur les besoins est tellement chargée de valeur, d’ethnocentrisme, de pseudo-scientificité qu’il vaut mieux partir du principe que l’on ne peut savoir ce qui est prioritaire pour les autres. Les besoins sont en effet contradictoires et complémentaires : nous avons besoin de repos et d’activité, de nous confronter au réel et d’imaginer,  d’être seul et en groupe. 

L’idée est moins de dire qu’il faut se passer de la satisfaction des besoins élémentaires (caricature simpliste de la position des détracteurs de Maslow) que de rappeler qu’un étage de la pyramide ne suffit pas, qu’à chaque étape doit être pris en compte un droit culturel et qu’il ne faut pas survaloriser certains besoins quand d’autres ne sont pas socialement reconnus. 

(6) La déclaration est accessible sur le site www.droitsculturels.org et se présente comme un texte « issu de la société civile » puisque chacun peut y adhérer en ligne, la déployer dans son cadre de vie et apporter ses propres observations. 


Un droit de l’homme amputé de sa dimension culturelle est une violation grave qui contribue de manière importante à la persistance de la pauvreté. 

L’objet d’un droit de l’homme, à la différence d’un besoin élémentaire, n’est pas une chose ou un bien consommable mais une adéquation entre l’homme et une situation. Il n’est pas rare qu’une personne vivant dans un habitat précaire, par exemple un squat, et auxquels des travailleurs sociaux trouvent enfin un appartement autonome, revienne vivre dans le squat car « proposer un « logement » (pour répondre à un besoin), entendu comme appartement ou maison de droit commun, ne suffit pas à produire de l’habiter. » (7) (l’adéquation entre l’homme et la situation synonyme d’un droit de l’homme).

À nous alors de trouver des parades et des tours pour favoriser perpétuellement cette adéquation. 

A suivre … 

 (7) BOUILLON (Florence), GIRARD (Vincent), MUSSO (Sandrine), « Dossier n° 7 – Du droit au logement aux expériences de l’habiter », Bulletin Amades. [http://amades.revues.org]

 

crédit photo Sarah Bariset 

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