Vous avez dit Révolution des parapluies? – Xalil à Hong-Kong

En septembre dernier commençait une nouvelle opposition au gouvernement et parti communiste chinois, ici, à Hong Kong. D’origine étudiante, les manifestations débutèrent par un rassemblement de plusieurs milliers de jeunes dans l’enceinte de la Chinese University of Hong Kong. Arrivé depuis moins d’un mois, me voilà assis, ce 22 septembre, au sein de cet établissement. Sur place, l’atmosphère est bon enfant, les étudiants partagent nourritures et ventilateurs portables, 20 000 personnes se sont réunies, déjà les parapluies se brandissent, non pas en geste de défense contre les futurs assauts au gaz lacrymogène de la police, seulement dans le but de créer un peu d’ombre sur cette place où il fait si chaud. Accompagné de Sébastien, mon colocataire, et de Hami, une étudiante en sciences sociales, on se serre les uns aux autres. Des tracts  sont diffusés, sans lire le cantonais, je reconnais les photos de mai 1968.

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Les allusions aux divers mouvements étudiants sont larges et nombreuses, allant du Chili au Québec, et de la France à l’Angleterre, et, bien entendu, Tiananmen.

Ainsi, derrière la préparation de la rentrée scolaire et du festival de la Lune, se médite un des mouvements politiques les plus importants que la -presque- cité État ait jamais connu : « The Umbrella Revolution ». En effet, si depuis 1997, l’Angleterre a abandonné la ville à la Chine, ce n’était pas sans certaines conditions. Sous la proposition chinoise du « un État, deux systèmes » (1), Hong Kong, tout en faisant partie intégrante de la Chine, serait régie par des lois propres à son territoire, notamment l’élection libre au suffrage universel de ses représentants. Pourtant Pékin semble ne pas vouloir respecter cet engagement en imposant trois candidats pré-choisis à la population, « aimant la patrie, et fidèles à la ligne du parti ». Déjà, en juin dernier, de nombreuses manifestations ont éclaté à Hong Kong, un référendum a été organisé, 800 000 Hongkongais y participent, quelques jours plus tard 500 000 sympathisants marchent pour la démocratie lors de la fête nationale du 1er Juillet.

Depuis de nombreuses années, Pékin a fait face à plusieurs contestations au sein de son territoire, particulièrement au Tibet, qui, depuis la défaite face à l’Armée de Libération Populaire (2), défie l’autorité Chinoise. D’autre part la population de Taïwan, bien que politiquement plus indépendante que Hong Kong par rapport à la Chine, combat depuis mars 2014 contre un nouvel accord commercial avec la capitale Chinoise. Hong Kong, Taïwan, et le Tibet, sont en quelque sortes trois territoires sur lesquels Pékin réclame une autorité politique et économique sans que l’intégralité des populations locales n’y consentent.

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(1) Deng Xiaoping en 1980

(2) En 1951


Un mouvement  qui tire son originalité de l’influence de nombreux autres.

Si le mouvement, du moins l’occupation de la rue par les Hongkongais, est désormais fini depuis un mois, car chassé fin décembre par la police, il reste néanmoins unique.

Hong Kong précédemment britannique s’est éloignée de la culture chinoise, et ici il est préférable de parler de culture cantonaise ou hongkongaise. Effectivement, bien avant la colonie anglaise, la province du Guangdong est caractérisée par la langue cantonaise, et une certaine distance culturelle avec Pékin. La séparation de Hong Kong par rapport à la Chine après la guerre de l’opium en 1841 n’a  fait qu’augmenter cette distance culturelle. Finalement, la mainmise du parti communiste chinois sur la politique nationale est en quelque sorte étrangère pour ses habitants, la liberté de parole est beaucoup plus développée et l’accès à l’information aussi, Google, Facebook, ou encore YouTube, ainsi que la quasi totalité des médias étrangers sont accessibles par exemple, Hong Kong et Macau échappent au « Bouclier d’or » (3). Alors, lorsque les hauts dignitaires chinois ont annoncé l’imposition de trois candidats « fidèles à la ligne du Parti » en août dernier, une partie de la population a témoigné son mécontentement dans les rues.

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Hong Kong n’est pas sujette au mouvements sociaux d’une telle ampleur. Les manifestants s’inspirent de nombreux pays occidentaux en allant de l’Amérique à la France. Pourtant, mises à part quelques affiches réutilisées de mai 68, ce n’est pas la culture révolutionnaire française, allemande, ou russe qui est utilisée, mais une autre, bien plus joviale, presque même innocente. C’est « Imagine » de John Lennon qui est reprise par les manifestants, et si j’aurais plutôt cité Kropotkine (4)  à leur place, ce sont les paroles d’Abraham Lincoln qui sont réutilisées :  « La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » C’est aussi l’utilisation de chants tels que « Do you hear the people sing ? » (5), B.O. de Les Misérables. On est loin des Pékinois de 1989 chantant « We shall overcome » de Charles Albert Tindley (cette même chanson qui a accompagné la lutte contre la ségrégation, et, depuis peu, contre Israël et sa politique colonisatrice avec la réinterprétation de Roger Waters)(6), sur la plus grande place du monde.

D’autre part, si une grande partie du répertoire du mouvement est empruntée à d’autres pays, il s’agit bel et bien de celui de Hong Kong. Les étudiants font preuve d’une créativité surprenante, en terme d’art (nous y reviendrons plus tard), mais aussi en terme d’organisation. Ici, le parapluie remplace le pavé. Des centres de ravitaillement en couvertures, eau, nourriture étaient disposés un peu partout, des endroits destinés à réviser étaient installés pour les étudiants et lycéens. On a pu observer des relais, et des points d’électricité gratuits afin de recharger ses appareils électroniques. Afin de témoigner leur soutien, certains enseignants n’ont pas pris en compte la présence en cours ; aussi les cours étaient enregistrés et mis sur le site intranet de l’Université.

Le mot d’ordre est pacifisme. Si les violences policières furent peu nombreuses et peu lourdes de conséquences physiques, elles ne restaient pas moins impressionnantes car on pouvait y voir des manifestants, bras levés, témoignant de leur non violence, se faire gazer, mettre au sol, ou encore matraquer. Il y a un véritable choc de la part de la population vis-à-vis de la violence des forces de l’ordre. En effet, la police n’avait pas utilisé le gaz lacrymogène depuis 1967(7). Le parapluie prend alors toute sa symbolique lorsque les manifestants l’utilisent pour se protéger. Ceci témoigne aussi d’une séparation entre  la population et les forces de l’ordre. Ces dernières rappellent la volonté du Parti Communiste d’avoir la mainmise sur  la population, tandis que la première déclare se battre pour le bien de Hong Kong.

(3) Nom du programme de surveillance et de blocage du web en Chine, mis en place le 15 avril 2005. De 2000 à 2005 plus de 100 intellectuels ont été emprisonnés pour avoir exprimé leurs opinion. http://www.lalibre.be/debats/opinions/le-bouclier-d-or-dictature-de-l-internet-51b88a1ce4b0de6db9ac277b

(4) « La révolte permanente par la parole, par l’écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite […], tout est bon pour nous, qui n’est pas la légalité. », Paroles d’un révolté,1895

(5) https://www.youtube.com/watch?v=gMYNfQlf1H8

(6) https://www.youtube.com/watch?v=dTkP8DsKaJo

(7) Jean Philippe Béja : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-philippe-beja/021014/hong-kong-reflexions-sur-le-mouvement-des-parapluies

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L’art est au centre du mouvement des parapluies

La créativité des Hongkongais égale, et peut-être même surpasse celle de mai 68. Central a été transformé en un endroit de d’exposition de dessins, sculptures, slogans, affiches, caricatures et peintures. L’art plastique est au cœur du mouvement, plusieurs reproductions de la Statue de la « déesse de la démocratie », qui se tenait debout il y a 25 ans à Pékin, sont exposées dans les universités. Une nouvelle statue, « The Umbrella Man », symbole du mouvement, tenait fièrement un parapluie devant les murs des bureaux du gouvernement(8). Des centaines de parapluies ont été posés, sur les tentes, les murs, les barricades. Les affiches reprennent des slogans ou des images de différents mouvements sociaux à travers le globe. Des dizaines de caricatures des leaders chinois jonchaient les ponts et les routes. Pour s’occuper, car certaines personnes restaient pendant des semaines sur la route,  plusieurs manifestants dessinaient les portraits des passants gratuitement, des stands en libre service furent mis à disposition afin de coller une phrase, un slogan, un dessin, un symbole sur les murs du gouvernement. Le « Lenon Wall » est un escalier où des dizaines de milliers de post-it fluo et multicolores sont déposés par les étudiants et sympathisants du mouvement. Les routes sont recouvertes de dessins à la craie. La Révolution des Parapluies a aussi influencé des  musiciens qui ont composé de nombreuses chansons telles que « Hold Up the Umbrella » par le duo « local led a dozen », ou encore le « Big Boy Cruz » et leur chanson « teargaz » après l’attaque des forces de l’ordre sur Mong Kok.(9)

Sur internet aussi, les graphistes en tout genre apportent leur contribution : Kacey Wong, Ger Choi, Angelo Costadimas reprennent le logo du parapluie.(10) C’est toute la communauté internet qui finalement poste son image, sa photo, son montage, et aujourd’hui encore, les réseaux sociaux continuent de porter la volonté pro-démocrate hongkongaise. Comme le Printemps Arabe, la Révolution des parapluies est fortement portée par les réseaux sociaux. Images et vidéos sont généralement celles d’amateurs. C’est aussi pour cela que des images d’arrestation de près, de violences entre policiers et manifestants, mais aussi entre pro Pékin et étudiants, sont disponibles en grande quantité.

Cet étalage d’art est quelque chose de spectaculaire dans Hong Kong, ville d’ordinaire très peu parsemée de street art, où les graffitis se font rares et les chanteurs de rue peu nombreux, ville en général est très propre. De plus, très peu de sans-abris dorment dehors dans le quartier de Central. C’est donc un réel contraste que l’on remarque. Occupy Central, en dehors des revendications politiques, apporte aussi un caractère qui manquait à Hong Kong, un peu de folie, un peu de personnalité. Au métro trop propre, à la prépondérance des caméras qui pèse, le mouvement a opposé un autre visage de la ville.

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(8) Je n’ai d’ailleurs pas hésité à écrire « Freedoms are not given, they are taken», cf 3.

(9) http://www.foreignpolicy.com/articles/2014/10/09/the_umbrella_movement_playlist

(10) http://www.scmp.com/news/hong-kong/article/1603858/umbrella-revolution-designers-come-logos-occupy-central-protests?page=all


Une Révolution ou seulement de la désobéissance civile ?

Médias français, anglo-saxons, et même hongkongais, ont donné au mouvement le nom de « Révolution des parapluies », pourtant, s’agit-il réellement d’une révolution ? Bien que le mouvement prenne beaucoup d’ampleur, que de nombreuses personnes le soutiennent, il gène aussi terriblement la Chine et le Parti Communiste car il questionne son autorité et sa légitimité. Pourtant une révolution, à proprement parler, est un changement radical, ici politique, c’est-à-dire que mentionner un mouvement révolutionnaire hongkongais aurait pour signification d’interpréter  « Occupy Central with Love and Peace  » (11), ainsi que les différents syndicats étudiants, comme ayant pour but de renverser le régime. Il n’y a pas une pensée commune pour chaque manifestant, certains scandent l’autonomie du territoire, mais restent minoritaires. Certaines idées comme la demande de démission du chef exécutif de Hong Kong, Leung Chun-ying, perdent aujourd’hui du terrain, mais restent encore scandées(12). Non, l’idée commune est le respect de la loi et de la Constitution de Hong Kong, c’est l’application du régime d’ « un État, deux systèmes ». Ce ne peut  être une révolution, car les habitants de la ville réclament simplement le respect de leur droit(13), soit une élection libre au suffrage universel de leur représentant et chef exécutif.

 

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Selon un de mes professeurs, Pékin n’a jamais eu l’intention de respecter ce droit. Ceci pour plusieurs raisons, notamment le fait que la capitale et ses dirigeants pensaient que la nouvelle génération serait beaucoup plus patriotique envers la Chine et le Parti ; ils n’imaginaient pas un mouvement d’une telle importance. Les membres du Parti pariaient sur une jeunesse n’ayant  pas connu Tiananmen ni le régime britannique, mais aussi sur l’idée que la volonté de développement économique de la part des Hongkongais prendrait le dessus sur des aspirations démocratiques. C’est d’ailleurs un des arguments de l’opposition : une démocratie engendrerait le chaos dans la ville et nuirait à l’économie. « Si vous avez un travail, de quoi nourrir votre famille, que vouloir de plus ? ». Cette pensée est véhiculée par les lobbies économiques, mais aussi par  une grande partie de la classe moyenne. Le souci du régime politique est finalement essentiellement porté par les jeunes, bien que les manifestants ne soient pas tous des étudiants. 

D’autre part, si l’idée d’indépendance n’est pas véhiculée, du moins politiquement, il est indéniable qu’une grande partie de la population ne se reconnaît pas dans l’identité chinoise, et surtout dans celle du Parti. Hong Kong a toujours été une terre d’exil pour les opposants au Parti. Ici, les « Mainlander » (14) et membres du Parti, cachent leur appartenance. Mon professeur de Sciences Politiques me confie  que si les Hongkongais ne réclament pas l’indépendance politique, ils l’ont intégrée en eux.

Ainsi, c’est une erreur de caractériser ce mouvement de révolution, c’est une réelle désobéissance civile, la demande majoritaire est le respect de la constitution, et non son changement.

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(11) Une organisation majeure du mouvement, en savoir plus : http://oclp.hk/index.php?route=occupy/eng

(12) Le 14 janvier, lors du discours d’annonce des nouvelles politiques envisagées pour l’année 2015, CY Leung fut interrompu par un militant. Ce dernier avait une banderole avec notamment écris « CY Leung Démissionnes ! ».

(13) La loi fondamentale de la région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine, adoptée en 1997, art 26, 27, 45. texte intégral :http://www.basiclaw.gov.hk/en/basiclawtext/images/basiclaw_full_text_en.pdf

(14) Les hongkongais sont aussi chinois, mais le terme « Mainlander » réfère au chinois originaire de la Chine continentale.


Un mouvement d’une grande ampleur, au bilan mitigé.

Aujourd’hui, la Révolution des Parapluies telle qu’elle a pu l’être n’est plus. Un mois et demi auparavant, Pékin donne à la Police l’ordre de faire évacuer les rues. Taxis, voitures, et bus circulent à nouveau, tentes et parapluies ont été arrachés. Aucune des revendications des manifestants et de l’organisation Occupy Central n’ont trouvé de réponse, Pékin a montré sa force. Toute forme d’art dans les rues de Hong Kong est formellement prohibée. L’échec estudiantin est une démonstration du pouvoir Chinois, et de la faiblesse de la société civile, même ici à Hong Kong. Mais alors pourquoi la désobéissance civile n’a pas eu d’impact ? Plusieurs possibilités :

– Tout d’abord un mouvement dont l’action n’a eu aucun impact sur Pékin. Certes, le parti communiste et l’État Chinois ne pouvaient pas tolérer la remise en question de leur autorité, mais dans les faits, l’économie n’a pas été bouleversée, la vie continuait son cours sans trop de difficultés,et les bureaux officiels ont continué à fonctionner.

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– Le mouvement a réussi à être discrédité aux yeux d’une partie de la population hongkongaise et de la majeure partie de la population chinoise. En effet, les médias en Chine continentale font passer les étudiants pour des « bandits », ce qui rappelle étrangement Tiananmen.(15)  Ce qui est renforcé par l’utilisation de groupes pro-Pékin par le gouvernement. Comme le souligne le magazine « Foreign policy » (16) ces groupes provocateurs créent des tensions lors de différentes manifestations, notamment en enlevant les barricades, créant des conflits souvent violents entre les différents camps. Ces groupes payés, dont certains membres des triades, sont d’ailleurs protégés par la police. De ce fait, cela a provoqué une réelle séparation entre les manifestants et la population hongkongaise et chinoise, et, taxés d’extrémistes, les étudiants ont perdu le soutien d’une partie des habitants. En appelant au dialogue, tout en utilisant des mercenaires afin de créer de la violence, le gouvernement chinois a aussi réussi à bloquer la diffusion du discours des manifestants, et ainsi à les faire passer pour déraisonnables. Aussi, afin de faire surgir un élan nationaliste chez les Chinois, de nombreuses rumeurs ont circulé : les Américains auraient, soi-disant, « financé » le mouvement. De fait, la majorité de la population chinoise soutient la position de ses leaders.

– De plus, les médias internationaux, après un mois d’occupation se sont lassés et ont déserté les rues. Les puissances étrangères telles que les États Unis, bien que revêtant un masque pro-démocratique, n’ont pas la force, ni la volonté d’avoir un quelconque pouvoir sur la politique intérieure chinoise.

– Des dissensions se sont créées aussi au sein du mouvement lui-même, surtout sur le fait que la plupart des décisions étaient réalisées non pas de façon démocratique mais dans des conversations privées entre les différents leaders.

– Enfin, la naïveté du mouvement, qui faisait aussi sa force en attirant un public plus large, n’a pas permis l’exécution d’actions plus radicales par peur de perdre une partie des manifestants. De fait le mouvement s’est aussi enlisé dans un sitting qui n’en voyait presque plus le bout, sans résultat.

Finalement, du côté chinois, il y a une réelle incompréhension par rapport au mouvement, mais explicable par le modèle de pensée unique. Pékin l’a d’ailleurs bien compris, et travaille depuis 2015 à uniformiser la pensée de la jeunesse. En effet, de nouvelles politiques (17) annoncées par le chef de l’exécutif CY Leung montrent clairement la volonté d’intégration de la jeunesse à la Chine et à l’économie de marché.

(15) Harrison E. Salisbury, Tiannanmen Diary ; thirteen days in June,1989.

(16) http://foreignpolicy.com/2014/10/07/abandon-all-hope-ye-who-protest-here/

(17) « 2015 policy address: as it happened » South China Morning Post, le mercredi 14 janvier


 

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Afin d’acheter la paix sociale, le gouvernement propose l’offre de $HK 300 millions dans le but d’aider les jeunes à fonder une entreprise, mais projette aussi la création de nombreux échanges avec la Chine continentale et la révision des cours d’histoire, notamment ceux en rapport avec la Chine. « Pourquoi ne peut-on pas utiliser cet argent afin de poursuivre des études, d’apprendre quelque chose de nouveau ? », s’interroge Hami (18). Pour elle, ces décisions ne sont que des manières de limiter l’esprit critique de la jeunesse et de la tourner vers la pensée capitaliste. Les étudiants ne sont pas dupes, les différentes propositions du gouvernement sont à leur yeux inefficaces et hypocrites. Par exemple, la mise en place de maisons pour jeunes, ayant pour but de combler le problème des loyers hors de prix, oblige les jeunes à faire une demande soit en government house (sorte de HLM) soit en maison de jeunesse, mais pas dans les deux. De plus, seulement quatre maisons de jeunesse sont en projet, ce qui semble relativement peu face au nombre d’étudiants et de jeunes.

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Une étude de la  ”Hong Kong Federation of Youth Groups” rapporte que plus de 60 % des jeunes voient dans le progrès démocratique et social un enjeu plus important que dans le progrès économique. D’ailleurs, l’aide financière proposée ne semble pas si efficace que cela: en effet, en 2013 il y avait 861 400 personnes âgées entre 15 et 24 ans, ce qui revient à seulement 330 HK$ par personne (soit environ 37 euros), mais aucune information n’a encore été donnée afin de savoir comment l’argent sera utilisé et distribué.

Ainsi, si la « Révolution » des Parapluies s’est éteinte, la volonté de progrès pour Hong Kong n’est pas morte. Certains étudiants continuent les manifestations, notamment ce dimanche 1er février, et d’autres ont aussi eu lieu en janvier.  De plus le 7 janvier, lors de la réunion du conseil législatif, un groupe d’avocats a apporté à l’intérieur du bâtiment des parapluies aux couleurs des manifestations ; le 14 janvier, lors du discours du chef de l’exécutif, un manifestant est entré dans l’enceinte avec une banderole où il était écrit « CY Leung step down » (CY Leung démissionne), et « We want true universal suffrage » (nous voulons un vrai suffrage universel). On peut donc espérer d’ici un certain moment une résurgence collective de la volonté d’autonomie face à la Chine, néanmoins on peut aussi craindre un contrôle matériel et intellectuel de la jeunesse beaucoup plus important de la part des gouvernement et parti. Les organisateurs réfléchissent à la suite, mais pour ne pas citer La Bruyère,  rien n’est dit.

(18) Hami est une de mes camarades dans mon université, elle étudie les sciences sociales, est dans sa dernière année d’étude.

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Crédit photo et texte  Xalil 

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