Qui a dit : égalité femmes-hommes ?

La discrimination positive engendrée par la loi sur la parité est-elle réellement pertinente ? Quelques jours après la Journée Internationale de la Femme, les débats sur la loi votée en 2000 sont toujours au goût du jour. En effet, celle-ci fait encore l’objet de questionnements sur sa légitimité et son efficacité : alors que certains la considèrent juste et adéquate, d’autres manifestent au contraire leur mécontentement.

139a16382d06fa748edebee77bda82a3

Contexte historique précédant le texte de loi

Historiquement parlant, on remarque un décalage perpétuel entre le vote d’une loi concernant le milieu professionnel et les mesures prises pour y impliquer les femmes au même titre que les hommes. Lorsque le suffrage universel est instauré en 1848, il faudra attendre 1944 pour que les femmes puissent se rendre à leur tour dans les scrutins et se proposer comme candidates à des élections. De même, ce n’est qu’en 1965 qu’elles pourront exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari. Enfin, la loi Roudy établit en 1983 l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

Cependant celle-ci n’existe que sur papier, et non dans les faits. Au quotidien, les inégalités persistent et la lutte est d’autant plus rude en politique, un domaine où la présence des femmes est encore mal acceptée. Pour lutter contre le monopole masculin dans la sphère politique, la loi du 6 juin 2000, dite « loi parité hommes-femmes », est votée : celle-ci dispose de l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives. Concrètement, la loi institue pour les scrutins de liste une parité par tranche de six candidats (à l’exclusion des communes de moins de 3500 habitants) ainsi qu’une pénalisation financière pour les partis politiques ne présentant pas un nombre égal de candidatures de femmes et d’hommes aux élections législatives.

bb

Des inégalités qui persistent

Pourtant, malgré les améliorations auxquelles nous avons pu assister ces dernières années, la parité n’est souvent pas respectée. De nombreux partis – tel que l’UMP en 2012 – préfèrent être sanctionnés financièrement que de mettre des femmes sur le devant de la scène électorale. Ainsi, la sphère politique est encore actuellement majoritairement masculine puisque seuls 26,9% des députés actuels sont des femmes. Cette observation s’explique par un taux inégal de candidatures féminines et masculines aux élections: au total 40% de femmes, contre 60% d’hommes, s’étaient présentées aux législatives après avoir été désignées par leur parti respectif.

Le « plafond de verre » – une expression désignant le fait que de peu de femmes occupent des postes à responsabilités – est donc encore d’actualité, et ne se fissure que lentement. Cela peut s’expliquer par la répartition inégale des femmes selon les secteurs professionnels. Ainsi, selon une récente étude de l’INSEE, on note une surreprésentation des femmes chez les employés (76,6%), ainsi qu’une sous-représentation des femmes au sein des cadres et professions intellectuelles supérieures (40,2%), de même qu’une extrême sous-représentation chez les ouvriers (19,6%). En effet, même s’il est juridiquement possible pour chacun et chacune d’accéder à n’importe quelle profession, il n’en est pas moins que beaucoup de femmes tendent à s’orienter vers des métiers reposant sur des vertus dites « féminines » qui, d’après des stéréotypes toujours présents dans l’inconscient collectif, correspondraient à la douceur, la bienveillance ou encore l’écoute.

11198417_10206875689031277_2066238568_n

Pour remédier à cette autocensure des femmes, souvent jumelée à un sexisme omniprésent dans leur environnement personnel, la solution serait de promouvoir une conception de l’être humain moins genrée, selon laquelle presque aucun trait de personnalité ne serait attribuable à un genre spécifique. Des lors, la capacité des femmes à pourvoir des postes à hautes responsabilités serait intégrée dans les mœurs de notre société, favorisant ainsi une ascension sociale équitable entre hommes et femmes.

11164212_10206867008854278_1910366824_n

Cécile Duflot

Cependant, cette tendance n’est pas le seul facteur contribuant aux inégalités hommes-femmes. Il ne va pas sans dire que le milieu politique prend parfois des airs machistes, un constat que l’on peut décrire comme cultivant et résultant de la sous-représentation des femmes : on se souvient notamment de la réaction de nombreux députés à l’égard de la tenue de Cécile Duflot en 2012. L’un d’entre eux était même allé jusqu’a décrire la députée comme ayant « encore la peau bien tendre ». Des réactions évidemment déplacées, mais qui n’ont pourtant pas particulièrement choqué un certain nombre d’élus.

Dans ces conditions, Najat Vallaud-Belkacem avait déclaré en 2014, à propos de la loi du 4 août de la même année relative à l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, que celle-ci avait pour but de « transformer l’égalité en droit, écrite dans les textes, en une égalité en fait ». Il s’agirait, par exemple, d’inciter les pères à prendre un congé parental, de lutter contre les stéréotypes sexistes, mais également d’étendre le principe de parité à tous les champs de responsabilité.

ac10c6b560de91af82c235719a49e2078b598505793195a57cdd036361f85688


La question de l’efficacité

On remarque donc une égalité femmes-hommes officielle (celle des textes juridiques), opposée à une inégalité officieuse, constatée au quotidien : il semblait donc opportun que des mesures soient prises pour permettre l’égalité des chances. La loi sur la parité relève donc du principe de justice, inhérent à la société française, qui permet de faire accéder des personnes à des postes implicitement réservés aux individus dont le profil sociologique diffère du leur.

Cependant, vouloir que le taux de femmes députées à l’Assemblée nationale corresponde au pourcentage de citoyennes françaises reviendrait à penser la représentation comme descriptive. Dans cette approche, l’Assemblée nationale serait un miroir de la société, au sein de laquelle toutes les diversités sociologiques devraient être proportionnellement représentées en politique. L’un des intérêts de ce mode de représentation résiderait dans l’idée selon laquelle seules les députées pourraient comprendre les problématiques liées aux femmes, tout en sous-entendant qu’il existe une identité typiquement féminine. Paradoxalement, ce type de représentation soulignerait donc les différences entre les deux sexes.

14ac4680243be573cc139b8c97b0b0ea

Or d’une part, ceci est contraire au principe d’égalité femmes-hommes que l’Etat promeut depuis tant d’années et, d’autre part, en opposition à l’idéal démocratique et républicain à l’origine des élections législatives. En effet, les députés représentent en réalité la voix des citoyens, leurs volontés. Ils doivent être capables de prendre les bonnes décisions, et sont donc choisis en fonction de leurs compétences intellectuelles : les élus sont donc censés être des « leaders » avant tout. De même, si l’on impose un quota de femmes par élections, ces dernières sont généralement accusées d’être bénéficiaires de favoritisme, et donc victimes de questionnements quant à leurs compétences. À ce titre, certains arguent même que le principe d’égalité et de justice serait bafoué par la parité dans le cas où, de deux individus de sexes opposés éligibles à un même poste, l’un d’entre eux se trouverait être privilégié par son genre.

La solution serait donc qu’un nombre globalement équitable de femmes et d’hommes compétents soient élus à l’Assemblée nationale, sans que cela ne passe par des mesures coercitives.
 Mais force est de constater que, sans interventions juridiques, la présence conséquente des femmes en politique est loin d’être facilement réalisable. L’enjeu principal pour l’Etat est donc désormais de réussir à orienter la norme de la société en atténuant les stéréotypes, de façon à ce qu’aucune profession ne soit assimilée à un genre spécifique. Ainsi, les compétences des femmes en politique seraient spontanément reconnues par chacun ; n’étant plus perçues comme des femmes, mais comme des individus qualifiés. Seulement alors, la question de la discrimination positive et des quotas sera dépassée. Cependant, il reste encore bien du chemin à faire avant de considérer l’abrogation de la loi du 6 juin 2000, tant sa mise en vigueur influe indéniablement sur l’évolution de notre société.11195339_10206875709591791_676274068_n 11173667_10206875709671793_1879065301_n 11160195_10206875709711794_353954687_n 11198946_10206875710671818_258311951_n


Alexia Levy

Publicités

Une réflexion sur “Qui a dit : égalité femmes-hommes ?

  1. J’avoue que je connais très mal le texte de la loi dont il est question dans cet article (et dont l’auteure parle très bien, d’ailleurs) mais je me permets tout de même quelques critiques.

    – L’article insiste beaucoup sur « l’autocensure des femmes » mais il faudrait rappeler que les difficultés professionnelles des femmes (en politique comme ailleurs) viennent au moins autant des discriminations dont elles sont victimes (et c’est ce contre quoi luttent les quotas). Les obstacles ne sont pas que dans l’inconscient collectif. Les stéréotypes se manifestent parfois violemment dans la réalité (discrimination à l’embauche, harcèlement, et bien sûr le machisme, évoqué par l’article).

    – Cet article, remarquable pour son côté exposé historique, me semble un peu timide et flou dans son engagement. En fait, j’ai du mal à comprendre s’il s’agit d’un article d’information ou d’opinion. Je pense en particulier à cette phrase : « la solution serait de promouvoir une conception de l’être humain moins genrée, selon laquelle presque aucun trait de personnalité ne serait attribuable à un genre spécifique ». J’aimerais bien savoir quel trait de personnalité est partagé par toutes les femmes ou par tous les hommes… Mais peut-être l’auteure adopte-t-elle le point de vue des féministes différentialistes, qui soutiennent qu’il existe des différences fondamentales (disons »naturelles ») entre les sexes ? Dans ce cas, c’est un peu en contradiction avec les paragraphes qui critiquent la loi de 2000. L’auteure reproche à cette loi de « sous-entendre qu’il existe une identité typiquement féminine » et de « souligner les différences entre les deux sexes ». Là dessus, je me demande si l’auteure se place du côté des différentialistes, ou si elle nie, comme elle l’insinue dans sa critique de la loi, qu’il existe une différence (naturelle) entre les sexes.

    – Ma dernière remarque porte sur l’idée que la loi de 2000, instituant des quotas, serait sexiste – l’article n’emploie pas ce terme, mais c’est tacitement ce qu’il lui reproche. Toute loi de discrimination positive repose sur la reconnaissance d’une différence (ici, d’une différence entre les sexes). Mais l’article échoue à voir que cette différence qui est reconnue est une différence DE FAIT, et non pas de droit. En un sens, il est vrai que les quotas reposent sur l’idée que seules les députées comprennent les problèmes des femmes. Pareil pour d’autres minorités : par exemple, les députés blancs ont parfois un peu tendance à penser que le racisme se limite aujourd’hui à quelques groupes néo-nazis, alors que les minorités ethniques le vivent quotidiennement. Et d’une manière générale, le féminisme, comme tout mouvement de défense des dominés, considère que la parole de ces derniers a plus de légitimité que celle des dominants – d’où des groupes de réflexion non mixtes par exemple (qui font partie des raisons pour lesquelles certain-e-s considèrent que le féminisme est un mouvement sexiste et lui préfèrent le terme d' »égalitarisme »). Pour prendre un exemple emprunté à l’actualité, je pense qu’une bonne partie des hommes ont été étonnés par l’étude selon laquelle 100% des femmes ont subi du harcèlement dans les transports en commun. Ils ne vivent pas ce que la plupart des femmes vivent, donc ils n’ont pas conscience de l’ampleur de ce phénomène. Mais justement, il s’agit là d’une différence DE FAIT, que les mesures anti-sexistes, dont les quotas font partie, cherchent à atténuer. Plus de femmes en politique = des hommes politiques plus sensibilisés aux problèmes des femmes. Évidemment, ce n’est pas à cause de leurs chromosomes, de leurs organes génitaux ou de leurs hormones que les députés ont du mal à comprendre les problèmes qui touchent les femmes. Le chromosome XX ne suffit pas, d’ailleurs, à les comprendre : en témoignent le tumblr WomenAgainstFeminism ou, pour reprendre l’exemple du harcèlement, le tweet de Sophie de Menthon qui soutenait que se faire siffler est « plutôt sympa ».
    À propos de cette différence de fait qui nécessite que les porte-paroles des femmes soient essentiellement des femmes, je conseille à tous cet article (écrit par un homme), qui m’a fait comprendre l’utilité de moments de réflexion non mixtes : http://1libertaire.free.fr/PenserleGenreViaHommeLTVidal.html.

    Bref, la loi de 2000, comme toutes les mesures de discrimination positive, est, à première vue, problématique, puisqu’elle veut lutter contre une discrimination en discriminant. Mais il faut élargir son champ de vision pour se rendre compte que ces mesures de forcing sont nécessaires mais certainement pas suffisantes. Évidemment, elles n’ont aucun sens si elles ne sont pas accompagnées d’une lutte contre les stéréotypes de genre (coucou les opposants aux ABC de l’égalité). Évidemment, sur le long terme, s’il y a toujours moins de femmes qui se présentent aux écoles, il est injuste qu’il y ait autant de femmes que d’hommes qui décrochent un poste en politique. Mais si on n’agit pas sur les obstacles disons « objectifs » que rencontrent les femmes en politique, les obstacles « subjectifs » persisteront. C’est la conclusion de l’article, avec laquelle je m’accorde totalement. En gros, ce que je reproche à l’auteure, c’est de ne pas assez replacer le problème de la représentation des femmes en politique dans le contexte de la pensée féministe, qui a plusieurs fois répondu aux apparents paradoxes soulevés par l’article.

    Désolée pour ce commentaire interminable, et désolée, Alexia, d’avoir utilisé la 3ème personne pour te désigner : mon ton est un peu froid, mais vu qu’on ne se connaît pas, j’avais peur que ça ait l’air d’une attaque personnelle. Si tu es à la soirée de lancement du 2ème numéro, on pourra peut-être en parler.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s