Amour et télé-réalité : « la beauté du corps ou la beauté du cœur ? »

Parmi les programmes de télé-réalité, ceux que je trouve les plus fascinants sont les émissions de rencontre amoureuse, agences matrimoniales des temps modernes, qui constituent d’ailleurs la plus grande partie du genre. Sans doute est-ce parce que le thème de l’amour nous concerne tou·te·s. La société en fait l’apogée de la vie humaine – comme le dit, sur le ton de la vérité universelle, une candidate des Princes de l’amour, « La plus belle chose qu’on puisse espérer dans la vie, c’est d’aimer et d’être aimé·e en retour ». On se sent forcément touché·e par les histoires d’amour : elles nous renvoient à des sentiments qu’on a vécus, qu’on vit ou qu’on espère vivre.

C’est justement là le problème des émissions de rencontre : elles sont tellement éloignées de la réalité qu’il devient difficile de s’identifier aux candidat·e·s et de se reconnaître dans les situations présentées. Il me semble pourtant que la télé-réalité est censée mettre en scène la réalité (ce qui est déjà un paradoxe en soi)… Je vais tenter d’expliquer en quoi ces émissions sont loin de l’expérience ordinaire de l’amour.

Ulysse Somson - Noswos http://noswos.tumblr.com/

Ulysse Somson – Noswos
http://noswos.tumblr.com/

J’aurais pu traiter ce sujet de mille façons différentes – je fais d’ailleurs quelques digressions, et j’aurais aimé en faire plus. Mais ce qui m’étonne le plus depuis que j’ai découvert ces programmes, c’est la vision dualiste de l’être humain – et de l’amour – qu’ils présupposent. Le corps et l’âme sont présentés comme deux éléments bien distincts, voire contraires ; l’amour est alors amour de l’un ou de l’autre, de l’un malgré l’autre.

Et cette opposition dualiste se teinte de morale : aimer l’apparence, c’est mal ; l’âme seule est digne de ce haut sentiment. Dans une espèce de prise de conscience de ses vices, la télé fait son propre procès et se lance dans une condamnation sans appel de la glorification de l’apparence. Ce dualisme dont nous parlons est d’autant plus paradoxal qu’il semble être l’opinion majoritaire portée sur l’amour à une époque où le monde intellectuel boude pourtant la « distinction réelle de l’âme et du corps » de l’ami Descartes (et ce depuis quelques décennies au moins).

Connais-moi toi-même

Les émissions de télé-réalité me paraissent dominées par une opposition tacite entre l’être et le paraître. Leur scénario de départ considère que l’apparence est nécessairement trompeuse et qu’elle ne correspond pas à « ce qu’on est vraiment ». Une telle critique est paradoxale : ces émissions font partie d’un média qui met en avant la beauté plastique, et les candidat·e·s, ses dignes héritier·e·s, accordent souvent une grande importance à leur apparence et en prennent soin.

Mais, justement, ces émissions s’accordent avec l’opinion commune pour condamner leur propre attachement à l’apparence, d’une part en taxant celle-ci de trompeuse et d’illusoire, et d’autre part en portant sur elle un jugement moral (j’en reparlerai). Dans une espèce de retour (inconscient et réducteur) à Platon, l’apparence est accusée de tromperie, et on situe la Vérité dans l’invisible, l’imperceptible, l’intelligible. « Suis-je capable d’aimer sans tenir compte du physique ? » : cette question, posée dans le pré-générique de L’Amour est aveugle, rend compte de cette opposition entre être et paraître et de la conception de l’amour qui en découle – amour de l’âme malgré le corps, ou du corps malgré l’âme.

Crédit : Réalité à la française

C’est justement mon premier exemple : dans L’Amour est aveugle, deux groupes séparés, trois hommes et trois femmes(1), habitent une même villa sans jamais se voir. Ils et elles ne se rencontrent que dans la Chambre noire, une pièce plongée dans l’obscurité totale. Pendant la première étape, tou·te·s les participant·e·s sont ensemble dans la pièce et se présentent les un·e·s aux autres ; à la fin de cette rencontre, chaque fille choisit un garçon qu’elle veut rencontrer à nouveau dans le noir, et qu’elle verra ensuite à la lumière.

La question que se posent les candidat·e·s dans le générique, « Pourrai-je être aimé·e pour ce que je suis réellement ? », sous-entend bien la conception de l’amour que nous avons définie plus haut, fondée sur une rupture entre être et paraître et qui considère que l’amour doit atteindre « ce qu’on est vraiment » en faisant abstraction de « ce qu’on semble être ».

Ce rejet de l’apparence atteint son paroxysme avec l’émission Adam recherche Eve, que la France a, depuis peu, la chance de connaître. Les candidat·e·s sont censé·e·s se montrer « sans aucun artifice » et ne pas tenir compte de l’apparence – qui est réduite ici au paraître social – puisqu’ils et elles se rencontrent dans leur plus simple appareil. Le but de l’émission est d’éviter que les candidat·e·s ne « jouent un rôle » au moment de la séduction : ils/elles sont supposé·e·s se rencontrer « sans mentir, sans tricher, en étant simplement soi-même » – comme si le simple fait d’enlever ses vêtements permettait de mieux se connaître, et surtout comme si tout être humain se connaissait parfaitement lui-même et dissimulait sciemment son identité pour manipuler les autres.

Dans cette émission comme dans les autres, les candidat·e·s ont peur d’être trompé·e·s par les apparences et d’échouer dans la connaissance de l’autre. La peur d’être trompé·e et de se tromper – la déception amoureuse est ici réduite à une erreur dans le choix du/de la partenaire – les amène à se méfier de leurs sens, à la manière d’un Descartes qui chercherait à fonder, non pas la science, mais la relation amoureuse, sur des bases solides…

Théorie de la compatibilité maximale des idéaux

Le paradoxe que nous avons soulevé plus haut – la contradiction entre la glorification de l’apparence et sa condamnation portées par la télévision – trouve dans L’Amour est aveugle son illustration. Le principe du jeu a beau être de faire naître une relation sans connaître l’apparence physique de l’autre, tout dans l’émission tend vers le moment de la découverte de ce physique. Les candidat·e·s ne veulent que voir l’autre, ils/elles n’attendent que l’étape ultime de la rencontre en plein jour – ces quelques secondes pendant lesquelles l’autre se montrera à eux/elles dans la lumière, où ils/elles pourront enfin savoir si son apparence correspond à ce qu’ils/elles imaginaient, et souvent, à ce qu’ils/elles espéraient.

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Tu es gros·se, petit·e, maigre, ou roux/sse ? Pas la peine de tenter ta chance. Crédit : Réalité à la française

Il en est de même pour le/la spectateur/trice : le moment fort de l’émission, ce sont les réactions des candidat·e·s qui se découvrent enfin, et la réponse finale à la question sans cesse posée par la voix off : « L’amour né dans le noir survivra-t-il au grand jour ? ».

Cette tension constante vers le dévoilement de l’apparence me semble être un aveu de la part des scénaristes, qui prennent conscience de l’irréalité de leur dualisme. L’émission déroge alors à ce dualisme, mais laisse la place à une vision au moins aussi absurde.

Les candidat·e·s sont autorisés à avoir un contact physique dès la première rencontre, pour se faire au moins une idée de ce à quoi ressemble l’autre : d’ores et déjà, les candidat·e·s qui ne présentent pas les qualités physiques exigées par les autres ne seront pas choisi·e·s… à cause de leur physique.

Finalement, les critères physiques en deviennent encore plus importants que dans une rencontre « normale » : si un·e·e candidat·e plaît à un·e autre par ce qu’il/elle laisse percevoir dans le noir – disons par sa personnalité – mais qu’il/elle présente des caractéristiques physiques rédhibitoires que l’autre peut deviner par le toucher (sa taille, son poids, la forme approximative de son visage, ou encore un piercing, une coupe de cheveux…), il/elle sera d’emblée éliminé·e. Mais qui sait s’il/elle n’aurait pas pu charmer l’autre, malgré ces « défauts », s’il et elle s’étaient rencontré·e·s dans un contexte normal, s’il et elle s’étaient vu·e·s ? Par la vue, on découvre des détails qu’une simple énumération des qualités physiques perçues par le toucher ne peut pas nous donner.

Prenons une analogie : j’adore les chansons de Christine and the Queens (haters gonna hate). Elle a pourtant tout pour me déplaire, en particulier parce qu’elle use de deux artifices musicaux qui, d’habitude, ont sur moi un effet répulsif : elle chante en deux langues différentes dans une même chanson et a tendance à susurrer des « hmmmm yeeeah » dans chacun de ses morceaux. Si on m’avait décrit son style musical avant que je ne la connaisse, je n’aurais même pas pris le temps d’écouter son album. Pourtant, j’adore sa musique, non pas malgré mais avec ce qui est habituellement pour moi des défauts. Si on enlevait ces défauts, ce ne serait pas la même musique.

De même, la personne qu’on aime est un tout, et des défauts qui nous dérangeraient pris individuellement font sens dans ce tout qui nous plaît. L’Amour est aveugle présente une vision atomiste de l’être humain : comme si les qualités d’un être pouvaient être prises séparément du tout qu’il forme. Mais il me semble que l’expérience des relations humaines, et en particulier celle de l’amour, nous force à avoir une conception holiste de l’individu (c’est-à-dire qu’il est une totalité qu’on ne peut pas réduire à la somme de ses parties). L’être aimé n’est pas une juxtaposition de qualités et de défauts, ni même d’une âme et d’un corps : il est un tout indivisible.

Ainsi, l’expression « l’amour est aveugle » n’est pas à prendre au pied de la lettre comme le fait l’émission : il me semble qu’elle désigne le fait que le sentiment amoureux ne tient pas compte de ce que les autres désigneraient comme des défauts, ou plutôt il les prend aussi pour objet. Ces défauts, on ne peut que les aimer – alors qu’en dehors du sentiment amoureux on les détesterait – parce qu’ils sont l’autre.

Ça semble assez niais, dit comme ça. On dirait que je soutiens que l’amour c’est aimer absolument tout chez l’autre, inconditionnellement, et qu’on doit idolâtrer les cheveux gras et l’acné persistante de l’être aimé. En fait, je veux simplement dire qu’on peut aimer quelqu’un·e qui, sur le plan physique surtout, ne correspond pas à ce que les candidat·e·s de télé-réalité appellent leur « homme idéal » ou leur « femme idéale ».

J’ai l’impression que souvent, dans la télé-réalité et ailleurs, est soutenue l’idée qu’on tombe amoureux/se de quelqu’un·e qui correspond à notre idéal, ou à défaut, qui en approche. C’est assez étonnant de voir avec quelle précision certain·e·s candidat·e·s de télé-réalité décrivent leur idéal féminin ou masculin. Par exemple, un Séducteur des Princes de l’Amour remarque en voyant arriver une nouvelle candidate : « elle est brune, mate de peau, le style parisien, bref c’est ce que je recherche ». Comme si ces qualités étaient nécessaires et suffisantes pour qu’il tombe amoureux. Comme si la relation amoureuse se réduisait à une simple compatibilité entre deux idéaux.

Dans Les Princes de l’Amour, on présume que les Prétendants ne sont pas à la hauteur de leur « femme idéale ». Comme dans La Belle et ses Princes (dont je parlerai plus bas), il s’agit des « moches » « aux grandes qualités de cœur », mais, cette fois-ci, ils ont leurs propres Prétendantes. On leur présente des femmes qui approchent plus ou moins de leur idéal féminin, sur le modèle que j’appellerais « J’ai encore rêvé d’elle », à cause de la chanson du groupe Il Était Une Fois, dans laquelle le chanteur, modeste et magnanime, dit de sa douce : « Elle n’est pas vraiment belle… – C’est bien : elle est faite pour moi ».

Le couple harmonieux, allégorie. Crédit : Réalité à la française

Le couple harmonieux, allégorie. Crédit : Réalité à la française

En d’autres termes, l’amour acquiert ici une définition utilitariste : la recherche de l’amour est fondée sur le calcul rationnel du taux de satisfaction de son idéal auquel chacun·e peut prétendre, et son objectif est la plus grande satisfaction possible de chaque idéal. C’est l’idée du « beau couple » : l’union harmonieuse de deux individus qui se valent, de deux idéaux qui s’équilibrent. Belle manière de remettre les gens à leur place, en leur demandant de se contenter de ce qu’ils/elles ont et peuvent avoir.

Il devient évident que si on accepte cette définition de l’amour comme plus grande compatibilité possible entre des idéaux, on pense forcément l’autre – et on se pense soi-même – comme convenable plutôt qu’aimable, et ses qualités comme négativité ou manquement par rapport à l’idéal.

« C’est pas toujours les gentils qui gagnent »

L’émission La Belle et ses princes presque charmants est sans doute celle qui illustre le mieux cette conception de l’individu comme idéal manqué, et plus généralement l’opposition dualiste sur laquelle repose l’idée que la télé-réalité se fait de l’amour. Elle pousse ces idées jusqu’à imposer un choix entre l’âme et le corps, entre la « vraie » beauté et l’illusoire sex-appeal. Aimer ou jouir, il faut choisir.

Une candidate, la Belle, censée correspondre à l’idéal universel de la féminité sur les plans physique et mental, est courtisée par deux groupes d’hommes, qui, dans une sorte de concours de testostérone, luttent pour ses faveurs comme pour un trophée. D’une part, des « Prétendants » « aux grandes qualités de cœur » mais au physique plus ou moins ingrat (en fait, pour la plupart, ils ont un physique banal) et, surtout, sans aucune expérience amoureuse (comprenez : ils sont puceaux, ce qui, comme chacun sait, est la honte ultime pour un garçon de plus de 20 ans). Et d’autre part des « Séducteurs » qui, quant à eux, sont censés correspondre à un idéal masculin sur le plan physique – bande de Ken au corps bodybuildé, sourire charmeur et cheveux gominés – mais sont aussi des bourreaux des cœurs.

Ici, la division dualiste est inscrite dans les individus mêmes, elle les définit : les Prétendants ont la « beauté intérieure », ils sont l’âme, et les Séducteurs sont réduits à leur corps. L’opposition entre l’intérieur et l’extérieur atteint son paroxysme, puisqu’aux « moches » correspond la gentillesse et aux « beaux » la méchanceté. L’émission se présente d’emblée comme une véritable lutte entre deux groupes caractérisés de façon antagoniste.

La Belle doit donc choisir entre le beau gosse et le nice guy. J’utilise cette expression que les adeptes de 9gag (et autres sites internet à mi-chemin entre blog, forum et réseau social), connaissent bien, parce qu’il me semble que l’opposition entre le Beau et le Gentil est commune à la télé-réalité et à l’imaginaire de la friendzone, c’est-à-dire le fait de n’être qu’un·e ami·e pour une personne envers qui on éprouve un sentiment amoureux.

Sur les sites susnommés, il n’est pas rare de lire les plaintes d’un garçon (parfois une fille, mais souvent un garçon, sans doute parce que les garçons apprennent à avoir une attitude active dans la séduction, ce qui les laisse croire à un lien nécessaire entre leurs avances et leur résultat), dont les efforts de séduction échouent face à un rival décrit comme un mauvais garçon. Le nice guy, galant, attentionné, ne comprend pas pourquoi sa dulcinée (comme dans les émissions de rencontre, le contexte est toujours hétérocentré) ne veut pas de lui. Blessé dans son ego, il lui reproche par le biais magique d’Internet de ne prendre en considération que l’apparence, au risque d’avoir le cœur brisé. Elle est taxée de superficielle, voire de masochiste puisqu’elle préfère celui qui lui fera du mal – d’où le dangereux cliché selon lequel les femmes aiment les hommes qui les dominent.

Crédits : Mirion Malle

Crédit : Mirion Malle

On retrouve dans le concept de nice guy la même idée que dans le scénario de La Belle et ses Princes : l’amour se mérite – comme les bons points en CP. À la fin de chacune des trois saisons de l’émission, la Belle a choisi un Séducteur, et les candidats et spectateurs/trices le lui ont reproché. Comme le dit un Prétendant dans un épisode, « c’est pas toujours les gentils qui gagnent » ; le bourreau des cœurs ne mérite pas la Belle. Avec cette notion de mérite, on voit apparaître la dimension morale de l’opposition âme/corps que nous avions annoncée plus haut : la Belle, ici, commet une injustice, en plus d’une erreur, en ne donnant pas aux Prétendants ce qui leur est dû.

Mais en même temps, personne, ni parmi les candidat·e·s, ni du côté des spectateurs/trices, ne croit une seconde à l’idée que la Belle pourrait choisir un Moche. Il suffit de visionner le pré-générique pour se rendre compte que toute l’émission est fondée sur l’humiliation constante des Prétendants, qui sont ainsi victimisés et ridiculisés. Boucs émissaires accomplissant leur fonction cathartique, comme beaucoup de candidat·e·s de télé-réalité, ils permettent au/à la téléspectateur/trice d’être rassuré·e sur sa propre condition. Ils sont d’emblée disqualifiés et jetés aux lions. Après tout, la Belle porte bien son nom : elle est définie par son apparence, c’est-à-dire qu’elle appartient, dès le début de l’émission, au clan des méchant·e·s, celui des corps « sans âme ».

Bref…

Les émissions de rencontre ne correspondent pas à la réalité pour deux raisons. D’abord parce que les définitions de l’amour et de l’humain·e que sous-entendent les scénarios de télé-réalité me semblent plutôt éloignées de l’expérience d’une personne lambda. Il est plutôt rare qu’on entende dans la vraie vie « Il est vraiment moche mais il est très gentil et il a beaucoup d’humour, alors je l’aime quand même » ou au contraire « Il est stupide et méchant mais bon, c’est pour son physique que je l’aime ». Ça vaut aussi pour les femmes évidemment : le cliché de la bombasse-emmerdeuse-écervelée ne fait pas le poids face à la réalité. La magie du montage et du scénario participent à la simplification à l’extrême des personnes, qui deviennent des types – la princesse, le beau gosse, le nice guy – alors que les candidat·e·s savent très bien qu’ils/elles ne se réduisent pas à ce que le/la téléspectateur/trice voit d’eux/elles.

Ensuite parce que les circonstances de la rencontre amoureuse sont tellement artificielles, scénarisées et montrées en spectacle, que la rencontre amoureuse en devient difficile. Comment voulez-vous commencer une relation intime sous les yeux de quelques millions de spectateurs/trices ? Savoir ce que vous ressentez quand on vous le demande dix fois par jour face à la caméra ? Vous rapprocher de quelqu’un·e quand une dizaine d’autres candidat·e·s veulent faire de même ? La télé-réalité est face au même problème que les scientifiques et les sociologues qui bouleversent le milieu qu’ils/elles observent par leur simple présence.

Le principe même de télé-réalité est un paradoxe : la réalité n’est plus la même dès lors qu’elle est filmée. Même les caméras cachées modifient la réalité : par exemple, le/la comédien-ne qui porte la caméra provoque les réactions de ses interlocuteurs. Alors quand il s’agit de représenter l’intimité avec des personnes castées, typisées et placées dans des situations scénarisées et simplifiées… Le résultat ne peut être qu’une construction artificielle qui ne correspond à rien de réel.

Crédit : Réalité à la française

Crédit : Réalité à la française

Cela explique peut-être que ces émissions aient de moins en moins de succès : non seulement elles ne jouent pas jusqu’au bout le jeu de l’expérience sociale, mais en plus elles échouent en partie dans leur travail d’identification du/de la spectateur/trice aux candidat·e·s. Ces dernier·e·s sont réduits à un type dont personne, ni les candidat·e·s eux/elles-mêmes ni les spectateurs/trices, n’est dupe – peut-être que les seul·e·s à croire à leur vision de l’amour, ce sont les scénaristes eux/elles-mêmes.

Nina

(1) J’aurais d’ailleurs voulu m’attarder sur le fait que ces émissions, comme la plupart des représentations de l’amour à la télévision et ailleurs, ne mettent en scène que des relations entre personnes hétérosexuelles et cisgenres, ce qui les rend d’autant moins crédibles face à la diversité des relations réelles. Retour au texte
Le blog d’où sont tirés les gifs : realitealafrancaise.com

Le (merveilleux) blog de Mirion Malle, dont sont tirées les images sur la friendzone : mirionmalle.com. Pour voir le post entier intitulé « Friendzone/girlfriendzone », c’est ici.

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