Lyon, Métropole

Grâce à la loi MAPAM, promulguée le 23 janvier 2014, la communauté urbaine de Lyon, plus connue sous l’acronyme COURLY, a fait place à la Métropole de Lyon au 1er janvier 2015. Il ne s’agirait au premier abord que d’une simple redistribution des compétences assignées au département du Rhône et à la COURLY, redistribution permettant une « simplification du millefeuille administratif », comme l’explique le site officiel de la Métropole. La documentation officielle présente d’ailleurs celle-ci comme un coup de baguette magique simplificateur : alléger les doublons administratifs entre la Métropole et le Conseil général, pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Or, le sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb, on le verra, a réalisé avec la Métropole un véritable tour de force politique. En quoi cela nous intéresse-t-il ? A vrai dire, la métamorphose de la COURLY en Métropole, sujet peu glamour s’il en est, concerne tous les citoyens de l’agglomération lyonnaise, pour plusieurs raisons : 1. les conseillers métropole ont été nommés cette année, mais ils seront ensuite élus au suffrage universel. Autant savoir pourquoi l’on vote à l’avenir. 2. La redistribution des compétences entraine une transformation profonde du service public : la Métropole va « avaler » certaines compétences des communes : pour certains services publics, l’information et le service lui-même ne se trouveront plus en mairie mais auprès de la Métropole.

Les communes de la Métropole.

Cet article se veut un petit guide des mécanismes politiques et géographiques à l’œuvre avec la Métropole.

Redistribution des cartes

La création de la Métropole réside dans l’institution d’une toute nouvelle collectivité territoriale recouvrant le territoire du Grand Lyon, qui vient se substituer au département. Ainsi, la Métropole compte 59 communes, et le département (le Conseil général) ne prend plus en charge que 228 communes. Pour simplifier les choses, la Métropole comprend toute l’aire urbaine de l’agglomération lyonnaise, tandis que le département s’occupe désormais de l’aire rurale. La division semble tantôt judicieuse, tantôt perverse à mon sens : d’un côté, cette nouvelle distribution des compétences (et des budgets !) permet de ne pas mettre en valeur les zones urbaines de l’agglomération au détriment des zones rurales. De l’autre, la frontière est désormais nette entre ce qui ferait de Lyon une métropole, et ce qu’elle laisse derrière elle : des aires rurales, pas assez attractives. Car c’est bien ce que prône la Métropole, par son nom même (réussite de communication par ailleurs, mais nous y reviendrons) : faire de Lyon un pôle plus attractif que ce que ne permettait la Courly, ou, comme le formule le site officiel, « asseoir la place de Lyon dans les villes qui comptent ». L’expression semble agressive si ce n’est impérialiste ; ce qui motive cette transformation l’est tout autant. Derrière la Métropole, c’est, sans grande surprise, le maire de Lyon, Gérard Collomb, qui assoit sa place parmi les politiques « qui comptent ».

Le Christophe Colomb de l’agglomération lyonnaise

En prélude à son interview de Gérard Collomb pour l’émission Le Petit Journal sur la chaîne Canal plus, le journaliste satirique Cyrille Eldin se demandait, non sans une certaine ironie, comment, avec un ancêtre aussi illustre (Collomb/Colomb, arf), le sénateur, maire et président de la Métropole pouvait montrer aussi peu de prétention à obtenir un poste d’envergure nationale (c’est-à-dire un ministère ou un secrétariat d’Etat). En vérité, le royaume qu’il étend en région lyonnaise semble bien lui suffire, et il y a de quoi. Sénateur depuis 1999 et maire de Lyon depuis 2001 pour la troisième fois consécutive, Gérard Collomb devient, avec le projet Lyon Métropole, président d’une collectivité territoriale de près d’un million trois cent mille habitants, au budget de 3,3 milliards d’euros. Les négociations pour le partage des compétences se sont essentiellement déroulées dans l’ombre, entre Collomb et l’ancien président du Conseil général, Michel Mercier, et ont été peu relayées auprès du grand public : ce dernier ne comprend pas grand-chose au « millefeuille administratif » territorial, et pour cause. Peu visibles dans la presse locale ou nationale, caractérisées par un langage extrêmement technique, les politiques territoriales demeurent mystérieuses – et surtout d’un fol ennui – pour les non-initiés. Partant, coup de baguette magique, hop, on simplifie le mille-feuille, sans daigner informer correctement les principaux intéressés (les habitants de l’agglomération) sur les acteurs et les mécanismes à l’œuvre. Et, à en croire son site officiel, magie noire ou magie blanche, la Métropole est apparue toute seule. Collomb a donc réussi avec la Métropole un véritable tour de force politique, qui lui permet en effet d’étendre encore son influence et son pouvoir en agglomération lyonnaise : il est désormais le seul à régner.

Gérard Collomb, seul à régner.

Gérard Collomb, seul à régner.

Quelles conséquences ?

Les transformations liées à la Métropole sont en cours dans les collectivités territoriales. Tout l’enjeu réside dans l’attribution des budgets et des compétences, soit aux communes, soit à la Métropole. Pour éviter les doublons administratifs, la Métropole va absorber certains services de communes pour créer, le cas échéant, un seul grand service par compétence. Ainsi, tel ou tel service, comme pêle-mêle, les sports, les personnes âgées, la santé, l’éducation, pourraient ne plus être assuré par la commune mais par la Métropole. Si le souci d’éviter les doublons n’est pas une mauvaise idée, surtout en temps de restriction budgétaire des administrations territoriales, cette réforme en région lyonnaise pose la question de la proximité du service public. En effet, si les mairies pouvaient à juste titre se targuer d’offrir un service de proximité aux usagers, qu’en sera-t-il avec la grosse machine métropolitaine ? Le risque est grand de rendre la machine administrative plus écrasante et impersonnelle qu’elle ne l’est. De plus, la taille génère toujours une certaine inertie. On peut déplorer que les usagers, qui seront les premiers touchés par ces problématiques, soient bien mal informés des enjeux d’une telle transformation…

Jusqu’ici, le maire de Lyon a réussi son pari politique et médiatique. Le nom est vendeur : avec la Métropole, Gérard Collomb promet à demi-mots, sans jamais le dire vraiment, l’affirmation d’un pôle global qui concurrence Paris, ou plutôt, qui n’a pas besoin de la capitale pour exister. Car c’est à mon sens ce qui sous-tend la création de Lyon Métropole : le façonnement de Lyon à l’image de son maire, celle d’une politique qui veut prouver qu’elle peut exister par elle-même, sans Paris, une politique à la fois dynamique par son développement économique, et statique par sa tradition bourgeoise, enracinée dans son territoire – installée dans son fief. Collomb, parti à l’assaut d’un territoire qu’il avait déjà conquis, n’est pas vraiment un Christophe Colomb ; avec sa Métropole, il est bien plutôt un personnage de Flaubert.

Lucie Mollier

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s