Au milieu du silence, des mots (1) : Marceau

Plus de doute : il y a urgence

Hier vendredi 13

128 morts

J’étais au bistro à boire des bières, comme un vendredi soir. Un stade, une salle de concert, des restaurants, des rues. Et l’on nous parle de réponse, on se demande quelle réponse apporter à ce qui n’est pas, n’a jamais été une question. Confronté.es au doute, à l’égarement, à l’horreur, aux pleurs et au malheur, ce n’est pas en termes de réponse qu’il faut penser, mais bien avec des questions. Questionner et se questionner, c’est là qu’il y a urgence. Après le temps d’arrêt du deuil, nécessaire. C’est par là, en allant, en continuant d’aller au restau, au stade, au concert, au théâtre, au cinéma, au musée, en se promenant dans la rue, c’est par là qu’on fait émerger les questions, c’est ainsi qu’on réplique, sans riposte ni revanche. C’est en dialoguant, en travaillant, en s’interrogeant, en discutant, en réfléchissant, en lisant et en assistant, en prenant soin, en prêtant attention, en cultivant, c’est ainsi qu’on crée ce qui fait poche, ce qui fait résistance quand l’enfer est partout. C’est ainsi qu’on vit ensemble, communément, qu’on y arrive. C’est ainsi, seulement ainsi, qu’on se bat. Plus de doute : il y a urgence, urgence à penser, urgence à créer, urgence à penser que créer et penser vont de pair et sont les seules réponses possibles, parce que c’est des questions. C’est ainsi qu’on ouvre, qu’on mobilise et se mobilise, qu’on fluidifie, qu’on construit à plusieurs. Ainsi qu’on dépasse l’événement, cette tragique déchirure, si soudaine, du quotidien, ce faux pli qui est un gouffre, qu’on le transforme en dynamique, qu’on le prend comme fondement d’un mouvement, d’une orientation. C’est ainsi qu’on s’en sort. Qu’on ne vienne pas me parler de lâcheté, de fuite, de diversion. La fuite, la lâcheté, elle est dans la barbarie, dans l’absence de pensée. Qu’on ne vienne pas me parler de guerre, de coupables, de fautifs. La guerre est à faire contre nous-mêmes, contre la soif de sang, contre le règne de la bêtise. Ce n’est certainement pas en lâchant des bombes sur le sol syrien qu’on gagnera la guerre. Ce n’est pas non plus en distinguant les mots « France » et « Syrie », « Occident » et « Orient ». Si mon pays devient une zone militaire où tout est restreint, surveillé, épié, contrôlé, c’est là alors que sera la vraie défaite, car c’est là alors que « la France debout et unie », « le pays des Droits de l’homme » seront des expressions dénuées de sens, si elles ne l’étaient pas déjà.

Marceau

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