Bob

Bob est en vacances. Bob a toute sa journée devant lui. Bob se réjouit de cette opportunité d’utiliser son temps à loisir. Bob sourit à cette idée. Bob réfléchit à ce qu’il va faire de toutes ces heures qui se présentent encore intactes à son esprit détendu. Bob se fait la réflexion qu’il a, grand bien lui fasse, la capacité d’oublier tous les soucis du quotidien industrieux auquel il est pourtant si accoutumé. Quand d’autres ressassent leurs inquiétudes professionnelles tout au long de leurs vacances qu’ils devraient passer avec leur famille ou leurs amis, Bob, lui, a l’intelligence de ne pas penser à ce genre de problèmes. D’autres font tout pour utiliser leurs congés à bon escient. Ceux-là s’inquiètent de ce qu’ils ont oublié jour après jour, l’année durant. L’un veut reconstruire son couple. L’autre veut retrouver ses enfants qu’il a négligés à force de travailler, et la joie d’être au milieu des rires insouciants et perpétuels que représente pour eux l’enfance. Il est vrai que pour ces idiots-là, pense Bob, l’enfance n’est qu’amusement, parties de foot, bêtises. Un autre encore veut profiter de ses congés pour renouer avec de vieux amis perdus de vue. Bob considère que ces gens-là se fourvoient lorsqu’ils croient que le temps se met à profit, a un usage, une utilité, une fonction. Et quand ils s’efforcent de faire fonctionner ce temps, de l’utiliser pratiquement, de l’user jusqu’au bout de ses possibilités, d’en tirer un profit conséquent, Bob ne peut s’empêcher de les comprendre et de les mépriser tout à la fois. Ah les cons, il les plaint de suivre l’instinct de l’espèce : s’inquiéter du temps quand il n’y a rien à faire pour l’empêcher de passer. Il est en vacances, après tout c’est fait pour ne rien faire d’utile, de réutilisable : si de tout ce qu’il fera durant ces vacances, il n’y a rien dont il pourra apprendre, dont il pourra user, rien qu’il pourra reprendre, ah ! ces vacances seront réussies.

Bob réfléchit toujours en souriant qu’il a trouvé la clé pour réussir ces vacances, qu’il lui suffit de faire l’inverse de ce qu’il fait durant l’année. Bob sourit un peu moins en tentant de se rappeler tout ce qu’il a fait depuis les dernières vacances jusqu’à celles qui commencent à peine. Il a un peu de mal à se souvenir, ne serait-ce que du mois précédent. A défaut de savoir en quoi consistèrent ses activités empressées du dernier mois, Bob veut analyser rapidement, il n’a pas toute la journée non plus, son quotidien. Il se dit qu’en gros, même si c’est plus compliqué que ça évidemment, il se lève tôt, pour aller travailler, ou bien étudier, qu’il déjeune au restau avec deux collègues, parfois sur le pouce, ou à la cafétéria, qu’il continue à travailler, ou à étudier. Qu’avant de rentrer chez lui, il va souvent boire une petite bière avec un ami, de temps à autre il fait un peu de course à pied. Bob rentre chez lui. Bob se dit à ce point là de sa réflexion que sa vie ne peut pas à ce point-là être semblable à la ritournelle tant moquée « métro-boulot-dodo ». Déjà que Bob ne prend pas le métro, ce serait vraiment trop la déprime. Ensuite Bob, après avoir un peu lu, appelé sa mère, s’être rendu au cinéma ou ridicule pendant un rencard avec cette fille qui après tout n’était pas si bien que ça, un peu superficielle, franchement vulgaire et que faire tout un plat pour se justifier de se contenter des coups d’un soir, enfin bref Bob se couche presque tous les soirs à la même heure, sauf les soirs de week-end bien sûr. Parce que la vie de Bob n’est pas celle d’un grand-père non plus, le vendredi soir c’est concert ou soirée chez des amis et le samedi boîte de nuit. Bob se dit qu’il a réussi à garder un bon rythme de fêtard sans s’épuiser. Il a bien réussi sa vie. Bob est en vacances et il lui faut maintenant faire tout différemment. Pour le lever, c’est trop tard, il s’est déjà levé tôt ce matin. Pour le boulot ou les cours, aucun problème. Bob range son appartement, surtout le frigo et le placard de la cuisine un petit peu, il n’a pas l’habitude de le faire alors tant mieux si ça fait partie de son programme de vacances. Il faudra tout de même qu’il ajoute ça à sa journée normale après les vacances. Bob se dit que la journée est déjà bien avancée et que la promenade qu’il a faite en début d’après-midi était trop longue, clairement. Alors s’il veut avoir toute la journée de demain, il vaudrait mieux se coucher assez tôt, mais attention pour se détendre, se relaxer. Au moins il n’est pas de ceux-là qui sans savoir s’attellent à programmer leurs vacances en fonction des autres, ou pire encore en fonction du temps imparti et dans le but de remplir chaque heure d’une activité enrichissante culturellement, personnellement, et surtout humainement. Bob considère qu’il n’a pas besoin de s’enrichir humainement, il considère qu’il est assez riche en humain comme ça. Bob souffle un coup et se calme. Il retrouve le sourire en se disant qu’au pire, lui, il ne peut pas rater ses vacances. Bob est seul, il n’y a rien pour le retenir, personne pour l’engager pour telle ou telle semaine à faire de la randonnée. Bob est content. Bob se dit que le temps ne passe vite que pour ceux qui le comptent. Il se dit tout de même qu’il s’organise plus sérieusement pour rompre la routine ordinaire du quotidien habituel. De toute façon Bob a du temps pour s’organiser. Bob a toute la journée de demain devant lui pour le faire. En vacances, Bob sourit et s’endort.   

Rinou.

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