Les vacances – introduction

La notion de vacances a ces temps-ci tout particulièrement besoin d’être réinterrogée, passée au tamis de l’esprit critique de la jeune génération.

En premier lieu, loin de jouer sur une proximité temporelle avec une période de vacances scolaires, ce qui relèverait d’une façon simpliste de penser l’actualité (comme une succession cyclique de saisons, comme une nature), il s’agit de voir en quoi la conception d’une temporalité scindée entre temps de travail et temps de chômage (au sens strict) est aujourd’hui révoquée en doute : par le climat d’insécurité, de guerre, qui incite à l’urgence, éloigne le temps du repos auto-centré et cristallisé autour d’idéaux individualistes tel l’épanouissement personnel, d’abord. Mais aussi par les horizons qui se dessinent aussi bien dans les locaux hyper-smarts de la Silicon Valley que dans les séminaires pointus du centre Georges Pompidou : la modification radicale du champ professionnel, de la notion de travail, les fins de l’emploi et du salariat, l’auto-entrepreneuriat précaire comme mode permanent d’être-dans-le-monde-pour-l’argent.

Dans le monde de demain, celui de la polyactivité, de la flexibilité à tout crin, de la multi-spécialisation et des entrepreneurs de soi-même dont les contours s’affermissent de jour en jour, de faillites en délocalisation, de coupes budgétaires en libérations managériales, les vacances apparaissent comme un drôle de rêve, sorti des confins d’une mémoire scolaire, réservé à quelques enseignants planqués, ou comme une respiration nécessaire mais soumise à l’hypothèque extrême sur le burn-out. Liées à la fois à un imaginaire de l’enfance, à l’histoire des acquis sociaux ainsi qu’à la dévoration toute récente du temps libre conçu comme otium que les pratiques néolibérales ont effectuée en ayant recours à l’une des nombreuses ruses de la raison capitaliste, les vacances, prises en étau entre le risque de la dissolution par l’uberisation ou celui de l’accaparement organisationnel par l’idéologie de l’hyperconsommation, semblent être mises en danger au moment même où elles apparaissent comme la meilleure échappatoire, susceptible d’être réinvestie dans le sens d’une libération collective.

C’est l’exemple du nouveau jalon dans la fragilisation du prolétariat que constitue le travail le dimanche, rendant plus ardue encore toute possibilité de rencontre et d’échange hors du pur transactionnel, à mettre en regard du mouvement des places, qui ressemble fortement à ce qui pourrait se rapprocher d’une vacance productive catalysant l’être-là de chacun comme tel, posant comme principiel et profondément politique l’amorphe farniente.

Pour ces raisons, BRAT a choisi d’interroger les vacances, en se refusant au professionnalisant « congés » ainsi qu’au philosophique « temps libre », optant ainsi pour un vocable quotidien. Parmi les articles concernant le temps libre, Plateforme de Michel Houellebecq, Henri Matisse, Deliverance de John Boorman, on trouvera des propositions textuelles, l’une présentée comme un article classique, « Bob », l’autre distillée au fil des pages, reprenant une expérience perecquienne, mettant avec légèreté en cause l’écriture quasi-automatique des cartes postales de vacanciers : on voudra bien lire ces mots comme les témoins aussi bien d’une époque révolue de l’écrit et du décalé, que des carcans discursifs uniformisant l’expérience vacancière, toujours actifs aujourd’hui.

* * *

L’édition papier du numéro 3 a été diffusée à prix libre pendant une soirée, au bar lyonnais de la Grooverie, le 24 mars 2016. La revue Brat est entièrement auto-financée, auto-éditée et auto-diffusée. Nous tenons à remercier particulièrement notre maquettiste et graphiste da_wove (http://da-wove.tumblr.com/).

PDF du numéro 3 : http://issuu.com/revue_brat/docs/brat_n__3_-_les_vacances?e=24632204/35228117

Sommaire :

Lola et Nina, « Éloge du temps vraiment libre – réponse à l’injonction sociale de rentabilité des vacances »

Marceau Levin, « Il n’y a pas de temps libre – en écho à l’article de Lola et de Nina »

Raphaël Gautier, « HOLY HOLIDAYS ! En lisant Plateforme de Michel Houellebecq… »

Thibault de Sallmard, « Deliverance ou comment éviter de se faire violer durant ses vacances »

Marion Jousseaume, « En vacances de l’ordinaire, l’exemple d’Henri Matisse »

Rinou, « Bob »

Bruno de Labriolle, « Proposition textuelle : ‘autour des cartes postales de Georges Perec' »

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